Conakry, 6 mai 2026 – Le Parquet Spécial près la Cour de Répression des Infractions Economiques et Financières (CRIEF) a déclenché ce mercredi une enquête préliminaire d’envergure nationale. L’opération vise les irrégularités liées au Fichier Unique de Gestion Administratives et de Solde, le FUGAS, outil central de la paie des agents de l’Etat guinéen.
Par réquisition n°207/CRIEF/PPS/2026, le Procureur Spécial a mis en place une formation mixte d’Officiers de Police Judiciaire. Elle regroupe la Direction Centrale des Investigations Judiciaires de la Gendarmerie Nationale (DCIJ-GN), l’Office de Répression des Délits Economiques et Financiers (ORDEF), le service de Police Judiciaire de l’Agence Nationale de Lutte contre la Corruption (ANLC-PBG) et la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ).
Cette mutualisation des forces vise à garantir transparence et impartialité, conformément à l’article 11 du code de procédure pénale. La CRIEF entend ainsi lutter contre l’impunité des infractions économiques et appuyer l’assainissement du fichier général de la fonction publique.
L’enquête contre X porte sur des faits présumés de corruption d’agents publics, enrichissement illicite, faux et usage de faux en écritures publiques, prise illégale d’intérêt, concussion, blanchiment de capitaux et complicité.
Les infractions sont prévues par les articles 771, 776, 585, 586, 587, 619, 620, 655, 656, 652, 19 et 20 du code pénal. S’ajoutent la loi L/2021/0024/AN du 17 août 2021 sur le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, et la loi L/2017/041/AN du 4 juillet 2017 sur la corruption. Pour le Parquet, ces pratiques créent indûment des charges financières à l’Etat et nuisent à l’utilisation rationnelle des ressources publiques.
Les OPJ ont reçu pour mission de collaborer avec les départements en charge du fichier de la fonction publique. Six chantiers prioritaires sont fixés :
1. Vérification des diplômes et documents liés au traitement salarial pour déceler le faux en écritures publiques.
2. Contrôle physique des agents qui perçoivent des salaires dans les ministères et services déconcentrés, afin d’identifier l’enrichissement illicite et la prise illégale d’intérêt.
3. Audit au ministère du Budget pour vérifier la conformité entre salaires, primes perçus et statuts réels des bénéficiaires.
4. Situation des agents radiés qui continuent de toucher indûment leurs salaires.
5. Cas des personnes décédées depuis le dernier enrôlement biométrique FUGAS, pour détecter d’éventuelles substitutions au détriment de l’Etat.
6. Agents en abandon de poste à l’étranger sans autorisation, mais qui perçoivent toujours leurs salaires par virement ou procuration, avec la complicité présumée de comptables et DRH.
Cette opération s’inscrit dans un contexte régional où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest mènent des audits similaires de leur masse salariale. Les institutions financières internationales, FMI et Banque mondiale en tête, conditionnent souvent leurs appuis budgétaires à l’assainissement des fichiers de solde. En ciblant le blanchiment de capitaux et la corruption, la Guinée répond aussi aux standards du Groupe d’Action Financière, le GAFI. L’enquête pourrait révéler des ramifications internationales si des virements vers l’étranger ou des sociétés écrans sont découverts.
La CRIEF rappelle que l’enquête se déroulera dans le respect de la présomption d’innocence, du principe du contradictoire et du secret de l’enquête. Pour éviter la désinformation, le Parquet Spécial invite le public à se référer uniquement à ses canaux officiels : numéro vert 627-80-17-17.
En vertu de l’ordonnance N°/2021/0007/PRG/CNRD/SGG du 02 décembre 2021, les OPJ doivent identifier sans délai les auteurs, coauteurs et complices, les interpeler et les conduire au parquet de la CRIEF.
Cette enquête préliminaire marque un tournant dans la gouvernance financière guinéenne. Elle teste la capacité de la CRIEF à démanteler des réseaux ancrés depuis des années dans l’administration. Le résultat sera scruté par les partenaires techniques et financiers du pays.
Djoumè Sacko, www.lavoixdupeuple.info








