La rupture de concession entre Emirates Global Aluminium et la Guinée en juillet 2025 a ouvert une nouvelle séquence dans le secteur minier du pays. Selon l’Agence Ecofin, ce départ controversé lié à des désaccords sur la construction d’une raffinerie d’alumine a conduit Conakry à créer en urgence la Nimba Mining Company pour assurer la continuité de l’exploitation.
Moins de trois mois après sa mise en place, la nouvelle société publique avait déjà réussi à relancer les expéditions de bauxite. Elle affiche désormais des ambitions élevées avec un objectif de dix millions de tonnes exportées en 2026, tout en préparant une montée en puissance industrielle incluant une raffinerie d’alumine à l’horizon 2030 et une diversification vers l’or en partenariat avec le groupe australien Resolute Mining.
Dans un entretien accordé à l’Agence Ecofin, le directeur général de Nimba Mining Company, Patrice L’Huillier, décrit une reprise rapide des opérations sur des infrastructures globalement intactes après près d’un an d’arrêt. Il souligne que la mobilisation des équipes locales a été décisive dans la remise en service des installations minières et portuaires, avec un redémarrage qualifié parmi les plus rapides du secteur à l’échelle internationale.
La société affirme avoir déjà atteint l’objectif d’un million de tonnes exportées en 2025 grâce aux stocks disponibles, avant d’engager une reprise progressive de la production effective à partir de décembre. La montée en régime repose sur des partenariats de sous traitance successifs avec des opérateurs internationaux et locaux, dans une logique d’accélération industrielle.
Sur le plan stratégique, la question du contentieux avec Emirates Global Aluminium reste suivie au niveau étatique. Patrice L’Huillier insiste sur le fait que NMC n’est pas directement impliquée dans les discussions, mais il considère que les intérêts des deux parties convergent. Il estime que le groupe émirati a besoin de la bauxite guinéenne pour alimenter ses installations industrielles et que la Guinée a intérêt à structurer des partenariats équilibrés et durables.
Au delà des volumes, la Guinée cherche aussi à mieux encadrer la valeur de son minerai. NMC participe aux travaux de mise en place d’un indice national de prix en collaboration avec les autorités, afin de réduire l’opacité des mécanismes de fixation des cours dominés par les marchés asiatiques. L’entreprise fournit pour cela des données opérationnelles issues de ses activités d’exportation et de logistique.
Dans un contexte de baisse des prix internationaux, les autorités envisagent également un encadrement des volumes exportés. Une orientation qui ne remet pas en cause, selon la direction de NMC, la trajectoire de croissance de l’entreprise, qui vise à terme quatorze millions de tonnes par an.
La stratégie de diversification est déjà engagée avec le lancement de projets d’exploration aurifère dans l’est du pays aux côtés de Resolute Mining. L’entreprise publique prévoit d’investir plusieurs millions de dollars par an dans ces programmes, tout en misant sur l’expertise locale et le retour de compétences guinéennes formées à l’étranger.
Enfin, NMC s’inscrit dans la vision nationale de transformation industrielle avec un projet de raffinerie d’alumine d’une capacité d’environ un million de tonnes par an. Les études techniques sont en cours pour une mise en service envisagée autour de 2030, dans un calendrier qui combine ingénierie, construction et montée en compétences locales.
Pour Patrice L’Huillier, la Guinée dispose aujourd’hui d’un avantage structurel majeur grâce à son potentiel minier et à la volonté politique de développer la transformation locale. Le pays cherche ainsi à se positionner comme une destination stable et attractive dans un environnement régional marqué par de fortes incertitudes.
Source Agence Ecofin entretien avec Patrice L Huillier directeur général de Nimba Mining Company
Djoumè Sacko, www.lavoixdupeuple.info








