À un peu plus d’un mois des élections législatives et communales couplées du 31 mai 2026, la Haute Autorité de la Communication a rendu publique sa décision N°016/HAC/P/2026. Le texte, adopté en plénière extraordinaire le 11 avril dernier, fixe un cadre strict aux médias privés pour la couverture des campagnes. Entre lutte contre la désinformation, interdiction des symboles de l’État et encadrement inédit de l’intelligence artificielle, la HAC veut éviter tout dérapage sur les antennes.
Premier changement notable : la modification des périodes de campagne médiatique. Pour les législatives, les médias privés pourront couvrir les activités des candidats du 1er mai à 00h00 au 28 mai 2026 à 23h59. Pour les communales, la fenêtre est plus courte : du 11 au 28 mai 2026. Passé ce délai, place au silence électoral. La décision se base sur le décret D/2026/0109/PRG/SGG du 10 avril 2026 qui avait déjà recalé le scrutin au 31 mai.
La HAC rappelle que seuls les partis, mouvements politiques reconnus, candidats indépendants et listes validées par la Direction Générale des Élections et la Cour Suprême sont concernés par ce dispositif.
Le texte est particulièrement précis sur ce qui est proscrit. Les communications électorales devront respecter la souveraineté nationale, les secrets d’État, les institutions, la dignité humaine et l’intégrité territoriale.
Les candidats et leurs mandataires, eux, ont interdiction formelle d’utiliser le drapeau, l’hymne ou les armoiries de la République dans leur propagande. La diffusion de messages incitant à la haine, à la xénophobie, à la violence ou à toute forme de discrimination est également bannie. Autre garde-fou : impossible d’utiliser l’image d’une personnalité publique guinéenne dans un document audiovisuel sans son accord écrit.
Pour les radios, télés, journaux et sites d’information privés, la HAC impose une obligation d’équité. Tous les candidats doivent bénéficier de temps d’antenne et d’espaces rédactionnels comparables. Les services supplémentaires restent possibles, mais uniquement à titre payant et avec une tarification identique pour tous.
Les émissions interactives sont autorisées durant la campagne. La nuance est de taille : les animateurs devront faire preuve d’une rigueur absolue. Tout dérapage constaté expose l’émission ou l’organe à une suspension immédiate à titre conservatoire. La propagande directe, pour ou contre un candidat, y est strictement interdite.
La HAC va plus loin en imposant le respect du pluralisme, l’équilibre de l’information et la modification des grilles de programmes. Les radios qui souhaitent synchroniser le « journal de campagne » devront en faire la demande au représentant local de la HAC et s’engagent à le diffuser intégralement.
C’est l’une des innovations majeures de cette décision. Le Chapitre II est entièrement consacré à l’encadrement de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux. Sont désormais « strictement interdits de diffusion » : les contenus manipulés par l’IA à des fins de tromperie, les hypertrucages ou deepfakes audio et vidéo, et toute utilisation de l’IA visant à induire en erreur sur l’identité ou les opinions d’une personnalité.
La mesure vise aussi les pages créées par les candidats sur les réseaux sociaux : elles sont soumises aux mêmes règles que les médias traditionnels. Les rédactions, elles, doivent redoubler de vigilance sur les contenus digitaux pour éviter la viralité des fausses informations.
Autre verrou : du jour de la publication de la liste définitive des candidats jusqu’à la proclamation des résultats, les journalistes, chroniqueurs et analystes des médias privés ne peuvent plus paraître à l’antenne pour commenter le scrutin, que ce soit dans l’exercice de leurs fonctions ou comme invités.
La décision ratisse large. Sont visés les radios et télés privées, la presse écrite, la presse en ligne, mais aussi la presse étrangère accréditée par la HAC. Les « moyens de diffusion numériques autonomes » des candidats et listes en lice entrent également dans le champ d’application.
Avec ce texte, la Haute Autorité de la Communication cherche clairement à verrouiller l’espace médiatique pour garantir un scrutin apaisé. Reste à voir comment les rédactions et les états-majors politiques vont s’adapter à ces 17 articles. Une chose est sûre : du 1er au 28 mai, chaque mot prononcé à l’antenne sera scruté.
Djoumè Sacko







