Des responsables publics aux professionnels des médias, en passant par la société civile et les proches du disparu, tous ont convergé jeudi vers le Palais du Peuple de Conakry pour rendre un dernier hommage à El Hadj Souleymane Diallo. Décédé à 81 ans, le fondateur du journal Le Lynx laisse derrière lui bien plus qu’un parcours de journaliste mais une empreinte durable sur l’évolution de la presse guinéenne et sur le combat en faveur de son indépendance.

Dans une atmosphère de recueillement, la salle des congrès du Palais du Peuple a accueilli une cérémonie marquée par la reconnaissance et la mémoire. Les interventions ont retracé le parcours d’un homme dont le nom demeure associé aux grandes avancées de la liberté de la presse en Guinée.
Au fil des témoignages, un même constat s’est imposé : Souleymane Diallo a incarné une conception exigeante du journalisme, fondée sur l’indépendance, la rigueur et la fidélité aux principes du métier. Ceux qui lui ont rendu hommage ont rappelé son refus constant de compromettre cette indépendance, devenue au fil des années l’une des caractéristiques les plus marquantes de son engagement professionnel.
Mais l’influence du fondateur de Le Lynx ne se limite pas à ses publications ou à ses prises de position. Plusieurs intervenants ont insisté sur son rôle dans la formation de générations de journalistes. Pour beaucoup, il représentait une référence professionnelle, un repère dans l’apprentissage des exigences du métier et de ses responsabilités.
Derrière la figure publique, l’homme de famille. Au-delà de la personnalité connue du grand public, la famille a souhaité rappeler une autre dimension de Souleymane Diallo : celle du père et de l’éducateur.
Prenant la parole au nom de ses sœurs, Mariam Diallo a livré un témoignage chargé d’émotion, centré sur l’homme qu’elles ont connu loin des projecteurs. Elle a évoqué les sacrifices consentis tout au long de son combat pour la liberté de la presse, mais aussi la place qu’il occupait au sein de sa famille.
Ses filles ont décrit un père attaché à la transmission des valeurs, notamment la discipline, l’amour de la lecture, la rigueur intellectuelle et l’esprit critique. Elles ont également souligné l’importance qu’il accordait au dialogue, dans un cadre familial où la contradiction n’était pas perçue comme une remise en cause de l’autorité, mais comme une expression légitime de la réflexion.
Dans un hommage empreint de reconnaissance, elles ont assuré vouloir préserver et prolonger l’héritage qu’il leur laisse.
Une œuvre appelée à durer ? La trajectoire de Souleymane Diallo se confond avec une partie de l’histoire contemporaine des médias guinéens. Fondateur du journal Le Lynx, acteur de premier plan de la libéralisation de l’espace médiatique et artisan des réformes ayant renforcé la liberté de la presse, il a contribué à façonner le paysage médiatique du pays.
Cette contribution lui a valu d’être élevé au rang de Grand Officier de l’Ordre national du Colatier. Pour de nombreux journalistes, son parcours demeure aujourd’hui une référence en matière de courage, d’intégrité et d’indépendance.
Alors que son corps doit être transféré à Labé pour son inhumation, les hommages exprimés à Conakry traduisent l’ampleur de l’héritage laissé par celui que plusieurs générations de Guinéens connaissaient sous le surnom de « Le Gros Lynx ». Au-delà de l’émotion suscitée par sa disparition, c’est la trace d’un acteur majeur de la vie médiatique et démocratique du pays qui continue de s’imposer dans les mémoires.
Djoumè SACKO pour www.lavoixdupeuple.info








