En 25 ans, la République de Guinée n’a enregistré que trois excédents budgétaires : le révélateur d’une économie de comptoir.
De 2000 à 2025, la Guinée n’a enregistré que trois excédents budgétaires. Cette réalité met en évidence une forte dépendance aux recettes exceptionnelles et aux chocs extérieurs, révélant les limites d’un modèle économique peu connecté à la création de richesse intérieure.
De 2000 à 2025, soit en 25 ans, la Guinée n’a enregistré que trois excédents budgétaires : ceux de 2007 et 2008, grâce à la hausse des cours mondiaux des matières premières, avec respectivement +1,28 % et +0,39 % du produit intérieur brut, ainsi que celui de 2012, obtenu à la suite d’un règlement financier issu d’un contentieux minier, représentant une recette exceptionnelle de 700 millions de dollars, avec un excédent unique de +23,7 % du produit intérieur brut. Cette situation (3 ans sur 25) prouve que le budget de l’État guinéen est déconnecté de son économie locale et dépend des chocs fiscaux externes. Comparativement à la Côte d’Ivoire, qui n’attend pas de miracle minier pour équilibrer ses comptes, une seule année d’excédent a été enregistrée en 2001, avec +0,7 % du PIB sur la période 2000-2025. Malgré ces déficits, l’État ivoirien maîtrise ses dépenses courantes sans subir les variations brutales que connaît la Guinée, puisque le budget ivoirien est adossé à une fiscalité intérieure solide, basée sur l’agriculture, les services et l’industrie. Quant à la France, sur les 25 dernières années (2000-2025), elle n’a enregistré aucun excédent budgétaire. Ce déficit français est un choix politique structurel qui sert à financer les services publics, les retraites et le modèle social. Son dernier budget à l’équilibre remonte à 1974, avec son modèle budgétaire d’État-providence en déficit permanent. Quant aux États-Unis, ils n’ont également enregistré aucun excédent sur la période (hormis un léger reliquat en 2000-2001). En revanche, le déficit américain est de nature impériale, car Washington peut dépenser des milliers de milliards de dollars de plus que ce qu’il ne gagne, les banques centrales du monde entier achetant des obligations américaines afin de sécuriser leurs propres réserves.
Personnellement, en tant que professeur d’économie et autodidacte au quotidien, j’estime que la Guinée souffre d’une économie de comptoir. Une économie de comptoir est un système économique entièrement tourné vers l’extérieur, où un pays se contente d’extraire et d’exporter ses matières premières brutes sans les transformer sur place, tout en important la quasi-totalité de ses biens de consommation et de ses équipements. Pour preuve, la Guinée est le deuxième producteur mondial de bauxite. Pourtant, elle exporte cette roche à l’état brut vers la Chine ou l’Europe. Ce sont ces pays qui transforment la bauxite en alumine, puis en aluminium, empochant au passage 90 % de la valeur financière et créant les emplois industriels chez eux. De façon tic-tac, la Guinée extrait sa richesse pour contribuer au développement de ses partenaires miniers. Cela s’appelle la détérioration des termes de l’échange. À titre d’illustration, en 2026, le prix d’une tonne d’aluminium sur le marché mondial oscille entre 3 150 et 3 650 USD, alors que le prix d’une tonne de minerai de bauxite brute se négocie entre 30 et 78 USD selon les régions. En appliquant la formule des termes de l’échange, soit TE = indice des prix à l’exportation / indice des prix à l’importation × 100, on obtient : TE = 78 / 3650 × 100 = 2,13. Cela signifie que, dans l’échange, la Guinée ne gagne que 2,13 % sur une tonne de minerai de bauxite, tandis que 97,86 % de la valeur d’une tonne d’aluminium reviennent aux pays qui transforment le minerai de bauxite en aluminium. Terrible : nous sommes les heureux perdants dans cette affaire.
Au-delà de la dépendance de l’économie guinéenne aux extractions minières, un autre constat explique le déficit budgétaire qui ne sert ni le peuple ni l’État : il s’agit de l’évasion fiscale et de la fraude fiscale. Partez dans les institutions en charge des impôts et taxes, menez des démarches : les contractuels vivent mieux que certains cadres du pays. Certains ont construit des villas à conakry. Ils gagnent plus que leurs primes et cela dure depuis des années, sans bruit. Cette formule est bien appliquée dans ces directions : sur 100 % des recettes collectées, 20 % vont dans la caisse des agents, 30 % dans la caisse des directeurs et 50 % pour l’État, qui, parfois, tarde à les percevoir. Cela rend l’État pauvre et misérable.
Cependant, l’État doit miser sur le modèle de diversification fiscale. Ce modèle est une stratégie budgétaire dans laquelle l’État refuse de dépendre d’un seul secteur pour alimenter ses caisses. Il bâtit, à la place, un réseau de taxes sur l’ensemble des secteurs de son économie. De plus, il doit renégocier ses contrats miniers avec des propositions d’augmentation de la part de l’État à des égards et construire des raffineries afin de transformer les ressources sur place, prélever sa part et donner celle des partenaires.
Le plus terrible dans notre pays, c’est qu’il est géré sans orientations ni modèle de développement adapté à notre réalité économique, politique et sociale.
Dantouman Souleymane TRAORÉ
Journaliste, enseignant et activiste


