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Témoignage – Sidya Touré dans ma mémoire (Par Sanou Kerfalla Cissé)

Redaction by Redaction
28 septembre 2026
in ACTUALITÉ, NEWS
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Témoignage – Sidya Touré dans ma mémoire (Par Sanou Kerfalla Cissé)
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La disparition de Sidya Touré, ancien Premier ministre et président de l’Union des forces républicaines, ravive chez moi le souvenir de deux rencontres décisives : une interview à la Primature, au lendemain des premiers résultats de son gouvernement, puis une médiation politique à la Grande Mosquée Fayçal. À travers ces scènes vécues, je retrace le parcours d’un homme qui voulut réformer l’État avant de porter ses convictions dans l’opposition.

Une rencontre à la Primature

Sidya Touré s’est éteint à Paris le samedi 26 septembre 2026. La nouvelle me ramène trente ans en arrière, à cette période où il venait d’être nommé Premier ministre du général Lansana Conté. Je veux évoquer ici l’homme que j’ai connu dans l’exercice du pouvoir, puis dans l’opposition, et les moments dont j’ai été personnellement témoin.

Nommé le 9 juillet 1996, quelques mois après la mutinerie des 2 et 3 février, il prend ses fonctions dans un contexte économique et social difficile. La Primature, absente depuis la disparition de Diarra Traoré onze ans plus tôt, est rétablie. Sidya Touré se donne alors des priorités visibles : l’électricité, l’assainissement de Conakry et la reprise de la coopération financière internationale.

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1996, l’éclairage public revient dans certains quartiers de la capitale. Pour les habitants, ces lampadaires rallumés deviennent le signe concret d’une action gouvernementale. À cette époque, j’étais journaliste au groupe de presse Le Lynx–La Lance. Après quarante-huit heures de négociations, j’obtiens une grande interview du Premier ministre. Nous sommes reçus dans son bureau à la Primature, à la fin du mois de décembre 1996. Je garde de cet entretien et des photographies prises ce jour-là un souvenir particulièrement vif.

Les ambitions et les limites du pouvoir

Son gouvernement annonce la mobilisation de financements extérieurs pour la collecte des ordures et engage des discussions avec les institutions financières internationales. Il entreprend aussi d’assainir le fichier de la fonction publique. Ces initiatives nourrissent alors l’espoir d’un redressement.

Mais la fonction de Premier ministre demeure étroitement dépendante de la confiance du chef de l’État. Deux ans après sa nomination, Sidya Touré perd le portefeuille de l’Économie et des Finances. Son autorité est contestée dans un gouvernement où plusieurs responsables peuvent s’adresser directement au président Conté. Le 8 mars 1999, il quitte la Primature. Son expérience illustre à mes yeux la difficulté de conduire des réformes lorsque les responsabilités politiques restent incertaines.

De la Primature à l’opposition

Après son départ, Sidya Touré rejoint l’Union des forces républicaines, créée en 1992. Il entend en faire une formation nationale et défend une autre orientation pour le pays. La rupture avec Lansana Conté devient publique en 2000, dans un climat politique tendu. À l’approche des élections communales du 25 juin, le rejet des listes de l’UFR à Matam et Matoto suscite de vives contestations au sein du parti.

À travers leurs désaccords, se pose une question plus large : quelle place laisser à un ancien collaborateur lorsqu’il choisit de critiquer le pouvoir qu’il a servi ? Sidya Touré soutient que son opposition porte sur la pauvreté, l’éducation et la manière de gouverner, et non sur une querelle personnelle ou régionale.

L’appel du 27 juillet 2000

Le 27 juillet 2000, vers 21 h 23, mon téléphone sonne. Au bout du fil, Sidya Touré me dit : « Jeune frère, prépare-toi, demain on va prier ensemble à la Grande Mosquée Fayçal. » Je sais alors que des démarches de médiation sont en cours. Le lendemain, vendredi 28 juillet, je me rends à la mosquée.

Des notables, des responsables religieux et des officiers souhaitent rapprocher l’ancien Premier ministre et le président Conté. Certains invoquent l’unité de la Basse Guinée. Sidya Touré refuse que son engagement soit réduit à une affaire de région ou de personnes. Il rappelle que le différend concerne, selon lui, la situation politique, économique et sociale du pays, la paupérisation, l’éducation et l’exclusion.

Je retiens surtout sa constance ce jour-là. Il n’écarte pas le dialogue, mais ne veut pas qu’une réconciliation exige le renoncement de l’UFR à ses convictions. Cette scène révèle l’homme politique que j’ai vu : courtois dans la forme, ferme sur le fond.

Un souvenir qui demeure

L’histoire de Sidya Touré croise celle de nombreux acteurs qui ont d’abord travaillé avec Lansana Conté avant de s’opposer à lui. Elle rappelle combien les relations entre le pouvoir et ses anciens alliés peuvent se charger de désaccords politiques, de fidélités anciennes et de blessures personnelles.

Pour ma part, je conserverai le souvenir de nos entretiens mensuels à la Primature pour discuter des sujets brulant de l’actualité, mon point de vue était souvent requis certaines décisions majeure en rapport avec le ressenti de la population, de cet appel tardif et de la prière du lendemain à la Grande Mosquée Fayçal. Ces moments appartiennent à ma mémoire de journaliste et à une page de l’histoire politique guinéenne. Dors en paix, grand frère.

Sanou Kerfalla Cissé

Tags: Témoignage – Sidya Touré dans ma mémoire
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