CONAKRY – La chambre des appels de la CRIEF a quitté son prétoire ce lundi pour la Clinique Pasteur. L’Objectif étant d’entendre l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, hospitalisé et dans l’incapacité de se présenter au tribunal. Mais l’audience dirigée par le juge Daye Mara a tourné court.
Le blocage est venu d’une pièce brandie par le parquet spécial. Au moment d’interroger Dr Kassory Fofana, le ministère public s’est appuyé sur un document que la défense dit n’avoir jamais vu. « Le parquet spécial a commencé à interroger M. Kassory Fofana sur une pièce du dossier. Mais ses avocats ont indiqué ne jamais avoir eu accès à ce document », a reconnu Me Amadou Baben Camara, avocat de l’Agent judiciaire de l’État. Il s’agirait d’un procès-verbal établi par une unité de police judiciaire, lié à un interrogatoire auquel l’ancien chef du gouvernement affirme n’avoir jamais participé. Pour Me Camara, la démarche de la Cour reste légitime car elle garantit au prévenu la possibilité de répondre aux accusations.
Du côté de la défense, le ton est plus tranchant. Me Sidiki Bérété dénonce une procédure viciée et parle de documents ajoutés pour charger son client. « Le dossier est truffé d’insertions et de rapports inventés de toutes parts pour obtenir une condamnation sans débat contradictoire. C’est extrêmement grave pour une République », a-t-il lancé. Il cite notamment des rapports de l’ORDEF versés au dossier alors que « Kassory n’a jamais été entendu par cette structure. Il n’a jamais eu l’occasion de donner sa version des faits ». L’avocat assure avoir découvert des pièces non communiquées, y compris des rapports d’audit, et soutient que le parquet lui-même aurait reconnu des incohérences dans les documents.
Me Bérété insiste aussi sur l’état de santé de Dr Kassory Fofana pour balayer les soupçons de refus de comparaître. « Certains pensaient qu’il refusait de comparaître. Mais son état de santé démontre clairement qu’il ne pouvait pas se présenter devant la Cour », a-t-il martelé. Il salue tout de même la décision de la Cour de se déplacer : « Le fait que la Cour ait eu le courage et l’honnêteté professionnelle de venir à l’hôpital a permis à Kassory de faire face à la justice ». Malgré son état, l’ancien Premier ministre a répondu aux questions posées.
L’incident de procédure a contraint la Cour à suspendre les débats. Un nouveau rendez-vous est fixé au jeudi 14 mai 2026 pour permettre l’échange des pièces justificatives entre les parties. La Cour pourrait revenir à la Clinique Pasteur pour poursuivre l’audience. « Le déplacement de la Cour aujourd’hui constitue déjà un grand pas. Mais les débats ne sont pas terminés », a conclu Me Bérété.
Loin de clore les discussions, cette audience exceptionnelle a surtout exposé les failles du contradictoire dans un dossier où chaque pièce devient une bataille.
Djoumè Sacko,









