Arrestation nocturne, libération d’un septuagénaire et maintien en détention d’un jeune : le dossier foncier de Kama prend une nouvelle dimension
Le conflit foncier qui oppose les familles Sidibé et Keïta à Kama, dans la sous-préfecture de Kondianakoro, préfecture de Mandiana, connaît un nouveau rebondissement. Après la décision du Tribunal de première instance de Mandiana reconnaissant Namarama Mamady Sidibé propriétaire du domaine litigieux, la famille Sidibé accuse désormais le procureur de Mandiana d’avoir agi en faveur de la partie adverse. Des accusations que le magistrat conteste, affirmant que les procédures engagées reposent sur des éléments judiciaires distincts du litige civil.
Un conflit foncier qui dure depuis plusieurs mois.
À l’origine de cette affaire se trouve un différend opposant Yaya Keïta à Namarama Mamady Sidibé autour d’un domaine agricole situé à Kama.
Dans une lettre d’information adressée au juge de paix de Mandiana le 26 février 2025, Namarama Mamady Sidibé affirme que ce domaine appartient à sa famille depuis l’époque coloniale.
Selon son récit, son grand-père Diada Sidibé cultivait cette terre depuis environ 150 ans. Après son décès, son fils Sidiki Sidibé et ses frères auraient poursuivi l’exploitation du domaine avant que Namarama Mamady Sidibé et ses frères ne continuent à leur tour les activités agricoles sur ces lieux.
La famille Sidibé affirme que cette occupation s’est poursuivie sans contestation majeure jusqu’à l’apparition du conflit avec Yaya Keïta et ses frères Amara et Amadou Keïta, qui revendiquent également la propriété du domaine.
Le terrain concerné est délimité, selon les documents judiciaires, à l’est par le champ de la famille Bremadjan Keïta, à l’ouest par celui de la famille Nansrimana, au sud par celui de la famille Nanfodéla et au nord par le champ de la famille Djoma Moussala.
La justice donne raison à Namarama Mamady Sidibé.
Saisie par Yaya Keïta, qui revendiquait la propriété du domaine et demandait notamment le déguerpissement de Namarama Mamady Sidibé ainsi que le paiement de 30 millions de francs guinéens de dommages et intérêts, la justice s’est prononcée sur le litige.
Dans son jugement rendu le 17 avril 2025, le Tribunal de première instance de Mandiana a déclaré Yaya Keïta mal fondé dans son action.
La juridiction a retenu que Namarama Mamady Sidibé s’était comporté comme véritable propriétaire du domaine pendant plusieurs années, notamment à travers l’exploitation agricole et la plantation d’anacardiers sur les lieux.
Le tribunal a reconnu Namarama Mamady Sidibé propriétaire du domaine litigieux, ordonné le déguerpissement de Yaya Keïta et de tout occupant de son chef, et condamné le demandeur au paiement de cinq millions de francs guinéens pour action abusive.
La famille Sidibé accuse le procureur de Mandiana.
Mais après cette décision judiciaire, le dossier a pris une nouvelle tournure.
La famille Sidibé accuse désormais le procureur de Mandiana d’avoir pris position dans cette affaire et affirme que le magistrat aurait subi l’influence de la partie adverse.
Selon les proches de Namarama Mamady Sidibé, le procureur aurait été favorable à la famille Keïta au point d’ordonner l’arrestation de membres de leur famille.
Ces accusations, formulées par la famille Sidibé, n’ont toutefois pas été établies par une décision judiciaire.
Une arrestation nocturne au centre des accusations.
Selon le récit de la famille Sidibé, une intervention aurait eu lieu dans la nuit du dimanche au lundi vers 3 heures du matin.
Les proches affirment qu’un véhicule aurait quitté Mandiana pour se rendre à Kama afin d’interpeller un ancien membre de la famille, présenté comme âgé d’environ 70 ans ou plus, ainsi qu’un jeune nommé Ousmane Sidibé.
La famille dénonce les conditions de cette intervention et estime que la procédure constitue une forme de pression dans le cadre du conflit foncier.
Elle affirme également que le jeune arrêté ne serait pas directement cité dans le dossier foncier opposant les deux familles.
Le vieux libéré, Ousmane Sidibé toujours détenu.
Selon les informations rapportées par la famille Sidibé, l’homme âgé arrêté dans cette affaire aurait finalement été libéré.

En revanche, le jeune Ousmane Sidibé resterait encore détenu.
Pour les proches du jeune homme, ce maintien en détention serait perçu comme un moyen de pression dans le cadre du différend qui oppose les deux familles.

Des accusations de dégâts matériels
L famille Sidibé accuse également les agents intervenus lors de l’arrestation d’avoir causé des dégâts matériels.
Selon son récit, les agents auraient cassé la porte d’un commerçant actuellement en déplacement à Bamako avant d’emporter son coffre-fort.
La famille affirme qu’aucune estimation financière des biens concernés n’aurait encore été réalisée.
Ces accusations restent des déclarations de la famille Sidibé et n’ont pas encore fait l’objet d’une confirmation indépendante.
La version du procureur de Mandiana
Contacté par téléphone afin de recueillir sa version et respecter le principe du contradictoire, le procureur de Mandiana a apporté plusieurs précisions.
Le magistrat affirme notamment qu’un procureur ne peut pas rendre une décision dans une affaire civile portant sur une question de propriété.
Selon lui, le dossier foncier évoqué avait déjà fait l’objet d’une décision judiciaire, mais celle-ci n’était pas devenue exécutoire en raison d’un recours introduit devant la juridiction compétente.
Le procureur explique également que les mesures prises dans ce dossier ne seraient pas uniquement liées au conflit foncier. Il évoque notamment l’existence d’un mandat délivré par un juge d’instruction dans une autre affaire liée à des affrontements intercommunautaires.
Un dossier désormais sous surveillance
L’affaire de Kama dépasse désormais le simple cadre d’un conflit de propriété.
Elle met en confrontation une décision judiciaire rendue par le Tribunal de première instance de Mandiana, les accusations portées par la famille Sidibé contre le parquet et les explications fournies par le procureur.
Alors que les deux familles continuent de défendre leurs positions, ce dossier reste au centre des attentions dans la préfecture de Mandiana.
Par Djoumè SACKO, correspondant régional à Kankan.


