Le 25 mai 1963, plusieurs dirigeants africains se retrouvaient à Addis-Abeba avec une ambition claire. Celle de construire une Afrique capable de défendre ses intérêts, de protéger ses ressources et de parler d’une seule voix face au reste du monde.
Autour de cette vision se trouvaient des figures comme Kwame Nkrumah, Ahmed Sékou Touré, Gamal Abdel Nasser ou encore Julius Nyerere. Ensemble, ils donnaient naissance à l’Organisation de l’Unité Africaine, l’OUA, dans un contexte marqué par les indépendances et l’espoir d’un véritable projet panafricain.
Soixante-trois ans plus tard, l’organisation est devenue l’Union africaine, mais le constat reste le même pour beaucoup d’observateurs. Le continent demeure fragmenté, dépendant sur plusieurs plans et souvent incapable de défendre collectivement ses intérêts stratégiques.
Dans un monde devenu plus brutal sur le plan géopolitique, la question de l’unité africaine revient donc avec plus de force.
Un continent riche mais encore fragile
L’Afrique possède pourtant des ressources considérables. Le continent concentre une grande partie des minerais indispensables aux nouvelles technologies et à la transition énergétique. Cobalt, lithium, coltan ou terres rares attirent aujourd’hui les grandes puissances mondiales.
À cela s’ajoutent un important potentiel agricole, des ressources énergétiques majeures et une population jeune qui continue de croître rapidement.
Mais malgré ces atouts, l’Afrique reste affaiblie par ses divisions politiques et économiques. Avec 55 États aux capacités très inégales, le continent peine encore à peser face aux grands blocs comme les États-Unis, la Chine, la Russie ou l’Union européenne.
Pour plusieurs analystes, cette fragmentation réduit considérablement la capacité de l’Afrique à protéger ses ressources ou à imposer ses priorités dans les grandes négociations internationales.
Le constat de Nkrumah toujours d’actualité
Dès les années 1960, Kwame Nkrumah alertait déjà sur ce risque. Le dirigeant ghanéen estimait que les indépendances politiques ne suffiraient pas sans une véritable puissance économique et stratégique africaine.
Il défendait l’idée d’une union continentale forte avec une défense commune, une diplomatie coordonnée et une économie intégrée.
Plusieurs décennies après, certains considèrent que ses inquiétudes se sont confirmées. Le continent a connu des conflits armés, des coups d’État, une forte dépendance économique et des interventions étrangères répétées.
Pendant ce temps, les frontières héritées de la colonisation sont restées pratiquement inchangées, malgré les tensions qu’elles continuent parfois d’alimenter.
Les défis sécuritaires relancent le débat
Aujourd’hui, les crises sécuritaires renforcent davantage les appels à une intégration plus poussée.
Le Sahel reste confronté à des attaques terroristes récurrentes tandis que d’autres zones du continent connaissent également des conflits persistants, notamment au Soudan, dans l’est de la République démocratique du Congo ou dans certaines parties de la Corne de l’Afrique.
Dans le même temps, plusieurs puissances étrangères multiplient leur présence militaire, économique et stratégique en Afrique autour des ressources, des ports ou des infrastructures sensibles.
Pour de nombreux défenseurs du panafricanisme, aucun pays africain pris isolément ne peut réellement faire face seul à ces défis.
L’idée d’un État fédéral africain refait surface
Face à cette situation, le projet d’un État fédéral africain revient régulièrement dans les débats politiques et intellectuels.
Les partisans de cette idée estiment que le continent doit progressivement construire des institutions communes plus fortes capables de coordonner la défense, l’économie et la diplomatie.
Ils évoquent notamment la création d’une force militaire continentale, d’une monnaie africaine, d’un marché intégré et d’institutions supranationales plus solides.
L’objectif, selon eux, ne serait pas de supprimer les identités nationales, mais de donner à l’Afrique un poids réel dans les rapports de force internationaux.
Une question de survie stratégique
Avec ses ressources, sa démographie et sa position géographique, l’Afrique dispose de nombreux atouts pour devenir un acteur majeur du XXIe siècle.
Mais pour plusieurs observateurs, sans unité politique plus forte, ces richesses continueront surtout de profiter aux puissances étrangères à travers l’exportation des matières premières et la dépendance technologique.
Soixante-trois ans après la création de l’OUA, le débat posé par les premiers dirigeants panafricains reste donc entier.
Dans un monde dominé par les grands ensembles économiques et militaires, beaucoup estiment désormais que l’Afrique devra choisir entre renforcer son intégration ou continuer à subir les rapports de force imposés de l’extérieur.
Djoumè Sacko, www.lavoixdupeuple.info







