À contre-courant du satisfecit du ministère de l’Éducation nationale, le Syndicat National de l’Éducation a dressé lundi un bilan noir de la session 2026. Lors d’un point de presse, son secrétaire général Michel Pépé Balamou a dénoncé une triche « massive », un budget opaque et l’implication de responsables de l’éducation. Le syndicat parle de « fraude systémique ».
Pour le SNE, les épreuves du CEE, du BEPC et du Baccalauréat de cette année ont été marquées par des irrégularités « sans précédent ».
« Cette année, ces examens ont été caractérisés par la commission massive de fraudes sur toute la ligne. Et cela doit interpeller notre conscience nationale, l’éthique et la déontologie de la profession enseignante, les acteurs institutionnels, les partenaires techniques et financiers, mais aussi les partenaires sociaux et la société civile », a déclaré Michel Pépé Balamou.

Le syndicaliste insiste sur la nature du phénomène : « Lorsqu’on parle de fraude systémique, c’est cette fraude-là même qui est commise par ceux qui sont chargés de l’empêcher. Je veux parler des autorités éducatives à tous les niveaux ».
Budget, centres et surveillants épinglés
Le SNE pointe d’abord l’opacité financière. Le syndicat regrette l’absence de communication sur les coûts depuis 2018.
« En 2016, 2017 et 2018, le budget s’élevait à 70 milliards de francs guinéens. Le ministre d’alors avait dépensé 39 milliards et reversé le reste au Trésor public. Depuis, il n’y a plus aucune communication. C’est le premier point de l’opacité », a rappelé le secrétaire général.
Vient ensuite la question des centres d’examen. Le SNE dénonce un choix dicté par le clientélisme.
« Nous avons constaté que certaines écoles choisies n’avaient que sept salles et étaient totalement enclavées. Cela devient une source de fraude. On négocie avec des fondateurs d’écoles privées pour favoriser leurs candidats. Des enseignants de ces établissements y sont nommés surveillants pour surveiller leurs propres élèves », a fustigé Michel Pépé Balamou.
Le recrutement des surveillants est aussi mis en cause. Le syndicat évoque « sous-traitance » et « marchandisation ». Des étudiants, des proches et des membres de famille de responsables auraient été privilégiés « uniquement pour empocher les primes ». Certains « se sont même révélés incapables d’écrire les sujets au tableau ».
Le SNE affirme par ailleurs avoir été écarté de la supervision. À l’IRE de Conakry, le syndicat dit avoir proposé dix noms.
« J’ai personnellement interpellé l’inspecteur régional, M. Tchapato. Nous avons déposé une liste de dix syndicalistes, aucun n’a été retenu. En choisissant des personnes de faible moralité, on crée inévitablement des dysfonctionnements ».
Le retour du « main à main »
Si les groupes WhatsApp ont été moins actifs, une autre méthode refait surface selon le SNE.
« À la veille des examens, des copies d’examen vierges se revendaient entre 100 000 et 150 000 GNF selon les préfectures. Des comités de rédaction traitaient les sujets la nuit, puis substituaient les copies des candidats soit en salle à la dernière minute, soit au secrétariat, soit directement dans les magasins de centralisation. Ce constat a été remonté par de nombreux correcteurs », a dénoncé le secrétaire général.
Pour le syndicat, cette dérive s’explique par la suppression de l’internement des inspecteurs disciplinaires, mesure jugée trop coûteuse, « estimée entre 45 et 150 millions GNF par personne ».
Des sanctions « hypocrites » selon le SNE
Interrogé sur la suspension de plusieurs DPE à Siguiri, Forécariah, Macenta et Nzérékoré, Michel Pépé Balamou y voit une manœuvre.
Il dénonce une « fuite en avant visant à protéger les hauts cadres du ministère, qui seraient eux-mêmes parrains ou propriétaires de nombreuses écoles privées ».
Le syndicat reconnaît toutefois une négligence à Forécariah, « où un seul lycée s’est retrouvé avec plus de 2 000 candidats ». Mais il situe les responsabilités plus haut :
« Ce ne sont pas les DPE qui choisissent les sujets, les délégués ou qui acheminent les copies. Les vrais complices se trouvent dans le cabinet du ministre et dans ses directions nationales. C’est là que les responsabilités doivent être situées. »
187 enseignants arrêtés, oe dernier point du réquisitoire porte sur le corps enseignant. Le SNE fait état de 187 enseignants arrêtés et en attente de jugement, contre 145 élèves pris en flagrant délit.
« Il est paradoxal et humiliant que le nombre d’enseignants fraudeurs dépasse celui des élèves », s’est indigné Michel Pépé Balamou.
Le syndicat assure ne pas défendre ces enseignants « qui humilient la corporation », tout en exigeant « un procès équitable ».
« Si chaque année il faut aller libérer les gens de prison pour qu’il y ait récidive l’année suivante, ma foi, cela ne nous honore pas », a conclu le secrétaire général.
Alors que le ministère met en avant le bon déroulement de la session, le SNE décrit une organisation défaillante de bout en bout. Reste à savoir quelle suite le département donnera à ces accusations qui visent directement son administration centrale.
Djoumè SACKO pour www.lavoixdupeuple.info


