À Nzérékoré, lors d’une campagne de porte-à-porte, une femme étalagiste a livré un témoignage poignant sur les réalités sociales et la gouvernance en Guinée. Entre chômage des jeunes, pauvreté persistante et promesses politiques répétées, sa voix reflète celle de nombreux citoyens.
Dans le cadre de la campagne électorale en prélude aux élections du 31 mai 2026, un candidat en tournée à Nzérékoré est allé à la rencontre des populations locales. Au marché, il s’est entretenu avec une femme étalagiste, espérant lui présenter son projet de société et ses ambitions politiques. Mais très vite, la discussion a pris une tournure inattendue. La commerçante, visiblement marquée par les réalités quotidiennes, a exprimé son ras-le-bol « Nous avons des enfants qui ont terminé leurs études, mais qui n’ont pas d’emploi. Nous les avons scolarisés, nourris et habillés. Malgré notre âge, nous nous levons chaque matin très tôt pour chercher de quoi manger. Pourtant, on nous dit que notre pays est riche. Mais qui profite réellement de cette richesse ? Les Guinéens pleurent chaque jour pour la survie»
Face aux tentatives du candidat de défendre son programme, la dame a poursuivi avec une franchise désarmante « On nous a trop menti. Pendant que nous luttons pour la survie, nous vous voyons circuler dans des véhicules de luxe. Vous n’apparaissez que pendant les campagnes. Pourtant, nous avons ici des terres cultivables, mais nous n’avons pas les moyens de les exploiter. En Guinée, si tu n’as pas de bras long, tes enfants censés vous prendre au crépuscule de la mort vont beau trainer avec d’atteindre le bout du tunnel»
Ce témoignage met en lumière une réalité sociopolitique profonde en Guinée, un décalage criant entre les richesses du pays et les conditions de vie de ses citoyens. Riche en ressources naturelles, en terres agricoles et en capital humain, la Guinée peine pourtant à transformer ce potentiel en bien-être collectif. La gouvernance est souvent pointée du doigt. Les promesses politiques semblent surpasser les actions concrètes, et les institutions peinent à instaurer une véritable confiance entre dirigeants et citoyens.
Dans ce contexte, la politique, censée être un outil de service public, donne parfois l’impression de servir des intérêts individuels. Les élus, au lieu de représenter fidèlement le peuple, sont perçus de profitaristes. Cette rupture progressive a des conséquences visibles notamment: perte d’espoir, baisse de l’engagement citoyen et montée du désenchantement. Cela aujourd’hui, affecte le processus électoral. L’exemple des élections présidentielles du 31 décembre 2025 illustre cette tendance, où une grande partie de la population ne s’est pas rendue aux urnes.
Le témoignage de cette femme étalagiste n’est pas isolé. Il incarne le ressenti d’une frange importante de la population guinéenne, confrontée à des difficultés quotidiennes malgré les promesses de développement. Entre désillusion et résilience, les citoyens continuent de se battre pour leur survie, tout en espérant un changement réel. Alors la question se pose, à quand la politique servira la gouvernance ?
Dantouman Souleymane TRAORE
Journaliste, activiste et enseignant.








