La question est posée à Siguiri. Un médecin du district sanitaire raconte une évacuation vers Bamako qui a failli échouer. Le blessé, un orpailleur burkinabè prénommé Thomas, n’a été pris en charge à l’hôpital Gabriel Touré qu’après que l’équipe qui l’accompagnait a précisé qu’il n’était pas guinéen. Depuis, les évacuations vers Bamako sont suspendues, en attendant l’avis des autorités. Alors, simple incident isolé ou nouveau tournant ?
C’est le docteur Abdoulaye Bachir Condé qui parle. Tout le monde l’appelle docteur ABC. Médecin lieutenant du haut commandement de la gendarmerie nationale, direction de la justice militaire, en appui aux urgences médico-chirurgicales du district sanitaire de Siguiri, il dit sortir ce matin du 6 novembre 2026 pour donner une information qui l’a, selon ses mots, dépassé.
Le 3 novembre 2026, à 3h30, le service des urgences a réceptionné un orpailleur burkinabè du nom de Thomas. Après son examen, il a été compris qu’il avait fait un accident, moto contre moto, devant le public. Il a fait comprendre qu’il résidait à Bouré, sans préciser quel village de Bouré. Ce qui préoccupait d’abord l’équipe, dit le médecin, c’était de le soigner.
Le blessé a reçu le premier soin jusqu’à la régularisation de ses paramètres vitaux. Au moment où il quittait, sa tension était à 12,7. Le pouls était à 90 battements par minute. La température était à 36,5. L’oxygène de pouls était à 98%. Pour le médecin, il y avait toutes les conditions pour son transfert ou son évacuation.
Après la radio, il a été compris qu’il avait une fracture ouverte de la cheville. C’était très vilain, raconte le docteur Abessé. On lui a fait comprendre que cela, on ne peut pas le gérer ici. Il faut quelqu’un, là où il y a un service de traumatologie, qu’on l’accueille ou qu’il y ait Bamako. Parce que pour nous, Bamako et Conakry, c’est la même chose, dit-il. Le patient a préféré partir à Bamako.
Une équipe a été préparée, composée d’abord d’un médecin, d’un ambulancier et d’un infirmier. Ils ont bougé de Siguiri le 4 novembre 2026, à partir de 14h, à 14h50. L’ambulance est rentrée au CHU Gabriel Touré, presque à 19h30.
Mais ce qui a été étonnant là-dedans, et paradoxal, selon le médecin, c’est ce qui s’est passé dès qu’ils ont signalé. Il rappelle qu’il y a cette convention autour de nous, parce que les Guinéens étaient maltraités. Lui-même en personne, avec un certain responsable de la santé, sont allés rencontrer, parce que là où se trouve leur centre d’urgence, c’est Gabriel Touré. Tout a été assuré. On a dit : quand les patients viennent, il ne faut pas les tourner, il faut les prendre en charge, il ne faut pas les fatiguer. Il y a eu cet accord autour de nous. C’est pourquoi, quand il y a un problème, dès que c’est trop urgent, et qu’on est très loin, on l’oriente directement à Bamako.
Quand ils ont dit qu’ils ne prenaient pas un malade de la Guinée, franchement, c’était étonnant, poursuit-il. Le chauffeur de l’ambulance a appelé, le médecin a appelé. Le docteur Abessé leur a dit : attends, je vais les appeler, mais quand il les a appelés, le téléphone n’est pas passé. Ils ont tourné un peu partout, mais ils n’ont pas été reçus, soi-disant que c’est un patient guinéen. Ils ont été refoulés à cause des patients guinéens.
Le chauffeur a été intelligent, raconte le médecin. Il s’est retourné à Gabriel Touré, il a dit : bon, comme vous parlez de Guinéens, et pourtant, le patient que nous avons ici, ce n’est pas un patient guinéen. C’est ainsi qu’il a été reçu, dans l’honneur.
C’est une question très, très, très inquiétante, insiste le docteur Abessé. C’est une situation inquiétante pour nous, parce que lui, il a connu ses parents de Siguiri. Même ceux qui ont le mal de tête, ils vont à Bamako.
Le médecin dit avoir fait le rapport, avoir posé un rapport au niveau de la DPS, avoir envoyé un rapport au niveau du commandant de la gendarmerie, avoir envoyé un rapport au niveau du commissaire central, avoir envoyé un rapport au niveau du procureur de la République.
Jusqu’à un nouvel ordre, dit-il, l’ambulance ne fait aucune évacuation sur Bamako actuellement. Il attend d’abord l’avis des autorités, lui-même aussi, avant de continuer toujours les mêmes évacuations.
Alors, que s’est-il réellement passé à Gabriel Touré ce jour-là ? S’agit-il d’un malentendu, d’une décision d’un service, ou du début d’un refus systématique des évacuations sanitaires en provenance de Guinée vers Bamako ? Pour l’instant, personne ne peut l’affirmer. Mais à Siguiri, où Bamako est souvent le premier recours pour les cas urgents, la question est posée, et elle inquiète.
Par Djoumè SACKO, correspondant régional à Kankan


