Ce matin, je félicite les lions de l’Ouest qui ont pris le dessus sur ceux du Nord, c’est-à-dire le Maroc. Une victoire sportive claire, même si les lions marocains méritaient sans doute mieux. Cette fois-ci, le sort du football n’a pas souri à ceux du centre du continent. Mais au-delà du simple résultat d’un match, c’est surtout le week-end qui vient de s’achever qui a retenu toute mon attention.
Oui, ce fut un week-end en mouvement, un week-end chargé d’émotions fortes, où le plaisir et la tristesse se sont entremêlés. Un week-end qui a relié l’Afrique d’un bout à l’autre, et même l’Europe, cette voisine du Nord si proche géographiquement et humainement du continent africain. Trois espaces, trois événements majeurs, trois réalités très différentes, mais profondément liées par le destin : le Maroc, l’Afrique du Sud et l’Espagne.
Au Maroc, au cœur du royaume chérifien, le football africain a offert l’un de ses plus grands spectacles. Deux grandes nations du continent, deux grandes équipes, deux lions aux histoires riches et aux ambitions élevées se sont affrontés pendant huit quarts d’heures dans une finale continentale très attendue. Le match s’est déroulé dans une atmosphère électrique, faite de passion, de tension, d’espoir et de crainte. Chaque minute pesait lourd, chaque action pouvait faire basculer le sort de la rencontre.
Des millions de téléspectateurs à travers l’Afrique et au-delà ont suivi cette finale avec ferveur. Plus de 70 000 spectateurs étaient présents dans le grand stade de Rabat, transformé pour l’occasion en un véritable théâtre d’émotions. Les chants, les cris, les silences soudains après une occasion manquée, puis les explosions de joie ont rythmé cette rencontre historique. Ce fut un moment de football pur, intense, parfois dur, souvent beau, toujours passionnant.
À la fin, comme toujours dans le sport, il y a eu un vainqueur et un vaincu. Les Lions de la Teranga ont pris le dessus sur les Lions de l’Atlas. Pour les uns, ce fut la joie immense, la fierté nationale, le sentiment du devoir accompli. Pour les autres, ce fut la déception, l’amertume, mais aussi la dignité d’un parcours remarquable. Le Maroc, pays du Nord africain, a montré une fois de plus qu’il reste une grande nation de football, même dans la défaite. Je me réserve d’en dire plus, car parfois le silence respecte mieux l’effort et la douleur des sportifs.
Mais pendant que Rabat vibrait au rythme du football, un autre événement, beaucoup plus tragique, se déroulait en Europe, précisément en Espagne. Là-bas, ce ne sont pas des cris de joie que l’on a entendus, mais des sirènes, des pleurs et des appels au secours. Deux trains à grande vitesse se sont violemment accrochés, provoquant l’un des drames les plus marquants de ces derniers temps. Plus de trente personnes ont perdu la vie, et plus d’une centaine d’autres ont été gravement blessées.
Ce drame ferroviaire a plongé l’Espagne dans le deuil. Des familles entières ont été brisées en quelques secondes. Des vies ont été fauchées alors que ces voyageurs pensaient simplement rejoindre leurs proches ou rentrer chez eux. Cet accident rappelle avec force que le progrès technologique, aussi impressionnant soit-il, n’annule jamais totalement le risque humain. Il rappelle surtout la fragilité de la vie, cette vie qui peut basculer brutalement, sans prévenir.
Pendant que l’Europe pleurait ses morts, l’Afrique, elle aussi, faisait face à une autre forme de tragédie, plus silencieuse mais tout aussi destructrice. À l’autre extrémité du continent, en Afrique du Sud, les changements climatiques ont frappé avec une violence particulière. Longtemps annoncés, souvent sous-estimés, ces phénomènes ont fini par rattraper les populations.
De fortes pluies ont provoqué d’importantes inondations dans plusieurs régions du pays. Des quartiers entiers se sont retrouvés sous l’eau. Des maisons ont été détruites, des routes coupées, des écoles et des hôpitaux endommagés. Des familles ont perdu leurs biens, parfois même leurs proches. Face à l’ampleur des dégâts, les autorités sud-africaines ont été contraintes de déclarer un état de catastrophe nationale.
Cette situation dramatique pose une nouvelle fois la question de la vulnérabilité de l’Afrique face aux changements climatiques. Un continent qui contribue peu à la pollution mondiale, mais qui en subit de plein fouet les conséquences. Inondations, sécheresses, tempêtes, déplacements de populations : les signes sont là, visibles, répétés, et de plus en plus graves. Ce week-end en Afrique du Sud n’était pas seulement un épisode météorologique, mais un signal d’alarme pour l’humanité tout entière.
Ainsi, en l’espace de quelques jours, le monde nous a offert un contraste saisissant. À Rabat, la joie et la fierté d’un sacre sportif. En Espagne, la douleur d’un drame humain. En Afrique du Sud, l’angoisse face à une catastrophe naturelle. Trois réalités différentes, mais un même monde, une même humanité, confrontée à la victoire, à la perte et à l’épreuve.
Je conclurai en donnant raison aux Barbaras, dont l’un des proverbes dit que « le monde est composé de plusieurs matins ». Chaque matin apporte son lot d’espoir, de défis et de leçons. Le grand spectacle sportif de Rabat, ce que j’ai appelé le grand bal, aura finalement généré trois grandes leçons. Une leçon de sagesse, car la victoire comme la défaite doivent être accueillies avec humilité. Une leçon de leadership, incarnée par ceux qui savent guider, rassembler et apaiser dans les moments décisifs. Et enfin une leçon de patience, cette vertu indispensable face aux drames humains et aux catastrophes naturelles.
Ces leçons, je les laisse à mes lecteurs, à chacun selon sa sensibilité, son vécu et son regard sur le monde.
Elhadj Abdoulaye SALL
Expert, Consultant, Formateur.
Dakar – Sénégal
boleyasaala@gmail.com









