Limoger les préfets et les sous-préfets en raison de l’exploitation artisanale ne constitue pas une solution. Il serait préférable de s’attaquer aux causes profondes du phénomène afin d’apporter une réponse durable. La préfecture de Siguiri, affectée par l’exploitation artisanale anarchique et ses conséquences néfastes sur l’environnement, mérite une réflexion et une approche concertée afin de mettre en place des solutions pérennes.
L’exploitation artisanale de l’or ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte au XIᵉ siècle, à l’époque du royaume soninké. Les gisements aurifères du Bouré ont constitué l’une des principales sources de richesse de l’Empire du Mali, faisant de la région l’un des plus anciens centres d’orpaillage du continent africain. Entre 1931 et 1951, les autorités coloniales françaises ont rapporté les premières informations, avec une production annuelle estimée entre 1 et 3,8 tonnes d’or. Ensuite, les Russes ont conduit des travaux d’exploration entre 1960 et 1963, avant que la Société minière internationale du Québec (SOMIQ) ne réalise, vers la fin des années 1980, les premières études économiques en vue d’un projet d’exploitation à grande échelle.
L’exploitation industrielle a débuté au début des années 1990 sous le général Lansana Conté avec Golden Shamrock, avant de s’arrêter en 1992. La société a été rachetée en 1996 par Ashanti Goldfields, qui a concrétisé le projet et inauguré la mine en 1998. De 1992 à 2026, cela fait 34 ans d’exploitation. Le contrat a été renégocié en 2014 jusqu’en 2041.
Aujourd’hui, presque toute la préfecture de Siguiri est soumise à une exploitation à outrance. Elle compte cinq sociétés minières, dont aucune n’appartient à la Guinée, et nous ne percevons que 15 % des parts, comme le prévoit le Code minier. Ces sociétés n’arrivent pas à absorber le marché du travail, et les 1 % prévus dans le Code minier pour le développement des communautés impactées sont utilisés à d’autres fins.
Les citoyens, autrefois majoritairement agriculteurs, ont trouvé refuge dans les mines. Aujourd’hui, l’or devient plus rare avec l’épuisement des anciennes pratiques qui consistaient à identifier les zones aurifères, creuser verticalement jusqu’à atteindre les couches riches, extraire les roches à l’aide de seaux et de cordes, puis les broyer et les laver afin de séparer l’or du sable. L’or, plus lourd, se déposait au fond du récipient. Cette pratique était une véritable boucherie humaine, provoquant parfois la mort de dizaines d’orpailleurs à la fois.
Cette rareté a été suivie par l’arrivée des machines de recherche d’or dans les années 2010-2011, ce qui a, par moments, changé l’image de la ville. Les citoyens, toujours en quête de refuge, se sont alors tournés vers d’autres pratiques nuisibles à l’environnement, notamment l’utilisation des pelles mécaniques et le dragage, qui ne cessent d’impacter les fleuves de la préfecture.
Entre-temps, les Chinois se sont mêlés à cette activité. Ils interviennent sans permis d’exploitation, donnant l’image d’un pays dirigé par des étrangers qui prennent leur part du gâteau avant que peuple ne s’en réveille de son éternel sommeille. Ils sont présents partout dans la préfecture et négocient avec les autorités locales, lesquelles prélèvent leur part et celle de certains décideurs d’en haut.
Les jeunes, voyant leur richesse extraite par les sociétés minières alors que la part de l’État demeure dérisoire et que ces sociétés ne parviennent même pas à absorber le marché du travail de la préfecture se sont indignés face à l’utilisation des pelles mécaniques et du dragage par les Chinois et certains orpailleurs, au nom de la protection de l’environnement, qui pourrait pourtant servir le secteur primaire. Ils se sont retrouvés emprisonnés, abandonnés et ignorés avant la réaction récente du président de la République.
Au regard de cette réalité, le limogeage des autorités locales est-il la solution ? Les orpailleurs qui achetaient autrefois de l’or dans les mines, face à sa rareté, trouveront-ils un refuge après l’arrêt des exploitations artisanales ?
Personnellement, je ne le pense pas. Pourquoi ? Parce que les Chinois, à la base de cette exploitation en connivence avec certains orpailleurs et certaines autorités, se tourneront vers des endroits moins contrôlés et profiteront de la situation avant l’éveil des consciences chez les jeunes. L’État bureaucratique, rempli de corrupteurs et d’apatrides, profitera de cette opportunité pour remplir les comptes bancaires des uns et des autres d’une autre manière. Les sous-préfets et les préfets seront limogés, mais les coordinateurs d’en haut resteront en place. Ces autorités d’en haut ne méritent-elles pas une exécution ? Mon cœur saigne et l’avenir est incertain face à cet élan.
Pour mettre un terme à ce phénomène, je souhaiterais que l’État crée un consortium à l’image de la SAG, dans lequel les orpailleurs deviendraient actionnaires et où l’État serait actionnaire majoritaire. Ce consortium, après l’extraction minière, devrait transformer l’or en lingots et les vendre à l’extérieur. Il permettrait à l’État de réaliser des bénéfices tout en faisant profiter les populations de la contrée.
À l’image de la SAG, dont le contrat a été renégocié en 2024 jusqu’en 2041 avec seulement 15 % de parts pour l’État et 85 % pour AngloGold Ashanti, dont l’actionnariat est composé notamment de BlackRock (États-Unis) avec environ 8 %, de Vanguard Group (États-Unis) avec environ 5 %, de State Street (États-Unis) avec environ 3 %, de Geode Capital Management (États-Unis) avec environ 2 %, ainsi que d’autres investisseurs et actionnaires représentant environ 67 %, il faudrait également nationaliser certaines sociétés minières.
Aujourd’hui, nous appelons les autorités à revoir cette décision. Certes, nous avons la capacité d’extraire et de transformer l’or en Guinée, ce qui pourrait permettre d’absorber les chômeurs de la contrée et de la Guinée tout entière. Sinon, avec cet élan, mon cœur saigne et l’avenir est incertain pour la préfecture de Siguiri.
Dantouman Souleymane TRAORE
Activiste, journaliste et enseignant.
