Port de Conakry : de la congestion à l’expansion, les réponses à une demande en forte hausse.

La publication de l’Indice de Performance des Ports à Conteneurs (IPPC) 2025 de la Banque mondiale et de S&P Global Market Intelligence a relancé le débat sur les performances du Port de Conakry. Si le classement fait apparaître un recul significatif de la plateforme portuaire guinéenne, une lecture plus approfondie des données et du contexte permet de mieux comprendre les défis auxquels le port a été confronté ainsi que les importantes transformations actuellement en cours.

Un classement à interpréter dans son contexte

L’IPPC est un indicateur reconnu qui mesure principalement l’efficacité de l’accueil des navires, notamment à travers les temps d’attente en rade, les délais d’escale et la fluidité des opérations maritimes.

Cependant, cet indice ne reflète pas à lui seul la réalité globale d’une plateforme portuaire. Il ne prend pas en compte certains éléments essentiels tels que la croissance du trafic, les investissements réalisés ou encore la contribution du port à l’économie nationale.

Ainsi, un port dont l’activité diminue peut parfois améliorer son classement grâce à une baisse de la congestion, tandis qu’un port confronté à une forte croissance de ses volumes peut voir ses infrastructures temporairement mises sous pression avant que les investissements engagés ne produisent pleinement leurs effets.

Une année 2025 marquée par des contraintes exceptionnelles

L’année 2025 a été particulièrement exigeante pour la communauté portuaire de Conakry.

Plusieurs événements ont simultanément affecté le fonctionnement normal du port :

– Plus de 30 jours de perturbations liés à des échouages de navires dans le bassin portuaire ;

– Des opérations de dragage d’entretien intervenues tardivement ;

– Des interruptions d’activités liées à certains jours fériés ;

– Des restrictions de circulation ayant fortement ralenti l’évacuation des marchandises vers l’intérieur du pays.

Ces facteurs ont entraîné une congestion accrue des terminaux et un allongement des délais de traitement des navires.

Une reprise déjà perceptible en 2026

Les premiers mois de l’année 2026 montrent toutefois des signes encourageants d’amélioration.

La levée des restrictions de circulation a immédiatement permis d’accélérer la sortie des marchandises et de fluidifier les opérations logistiques.

Le nombre de conteneurs livrés quotidiennement est ainsi passé d’environ 500 à 750 unités, tandis que le temps moyen de séjour des conteneurs a été réduit de quatre jours pour s’établir désormais autour de huit jours.

Les performances opérationnelles enregistrées le 1er mai 2026 illustrent également cette dynamique, avec plus de 800 conteneurs traités en une seule journée malgré un jour férié.

Une croissance du trafic parmi les plus fortes du continent

Au-delà du classement IPPC, un autre indicateur mérite d’être souligné : la progression exceptionnelle des volumes traités par le terminal à conteneurs.

Le Port de Conakry a franchi :

– Le cap des 300 000 conteneurs en 2023;

– Celui des 400 000 conteneurs en 2025 ;

– Et devrait dépasser les 500 000 conteneurs dès 2026.

Cette croissance traduit le dynamisme de l’économie guinéenne, l’augmentation continue des échanges commerciaux et le rôle central du port dans l’approvisionnement du pays.

Peu de ports africains affichent une telle progression sur une période aussi courte.

Des investissements massifs pour accompagner la demande

Face à cette montée en puissance, des investissements majeurs ont été engagés afin d’adapter les infrastructures aux besoins futurs.

Parmi les actions déjà réalisées figurent :

– Le renforcement des capacités de stockage ;

– Le développement du port sec de Kagbelen ;

– La digitalisation progressive des procédures documentaires ;

– L’optimisation de l’organisation des flux logistiques ;

– Le renforcement des équipements de manutention.

Ces mesures produisent déjà des résultats concrets sur la fluidité des opérations.

Un projet d’extension de 350 millions d’euros en cours

L’une des réponses les plus structurantes à la croissance du trafic est le vaste programme d’extension du terminal à conteneurs, représentant un investissement de 350 millions d’euros.

Ce projet permettra notamment :

De doubler la capacité d’accueil du terminal ;

D’aménager de nouveaux terre-pleins ;

– D’accroître les capacités de stockage ;

– De moderniser durablement les infrastructures portuaires.

Les premiers espaces aménagés devraient être mis en service dès décembre 2026, tandis que le nouveau quai est attendu au premier trimestre 2028.

Des défis à relever collectivement

La communauté portuaire reste consciente que plusieurs chantiers demeurent prioritaires pour accompagner cette croissance.

Parmi eux :

La reprise rapide des travaux d’extension actuellement ralentis ;

L’élargissement et l’approfondissement du chenal d’accès ;

– Le renforcement des capacités de remorquage ;

L’amélioration de la desserte routière ;

– Le développement futur d’une desserte ferroviaire adaptée aux nouveaux volumes.

Ces investissements structurants nécessitent une mobilisation concertée de l’ensemble des acteurs publics et privés.

Transformer la croissance en performance durable

Le classement IPPC 2025 constitue un signal utile qui rappelle la nécessité de poursuivre les efforts engagés. Mais il ne doit pas occulter une réalité fondamentale : le Port de Conakry fait aujourd’hui face à une croissance exceptionnelle de son activité, portée par le développement économique de la Guinée.

Les difficultés observées en 2025 sont en grande partie la conséquence d’une demande qui a progressé plus rapidement que les capacités historiques du port. Les investissements engagés visent précisément à répondre à cette nouvelle dimension du commerce guinéen.

L’ambition du Port Autonome de Conakry, de Conakry Terminal et de l’ensemble de la communauté portuaire demeure inchangée : transformer cette croissance record en une performance durable et positionner durablement Conakry parmi les plateformes logistiques de référence en Afrique de l’Ouest

 

Oumar M’bö

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