« 19 SIÈCLES D’ESCLAVAGE DES NOIRS (14 PAR LES ARABES ET 5 PAR LES EUTOPEENS ), LE PLUS LONG CRIME CONTRE L’HUMANITÉ QUI RESTE TOUJOURS IMPUNI. »

Il aura fallu près de deux millénaires de souffrances, de déportations, de silences et de déni pour qu’en 2026, la communauté internationale, à travers l’ONU, reconnaisse enfin pleinement l’ampleur de l’esclavage des Noirs comme un crime contre l’humanité.
Mais cette reconnaissance, aussi symbolique soit-elle, laisse un goût amer car reconnaître sans réparer:
▪︎ c’est admettre sans assumer.
▪︎ C’est constater sans corriger.
▪︎ C’est, au fond, prolonger l’injustice sous une autre forme.
Derrière cette reconnaissance tardive se cache une question essentielle : comment le plus long système d’exploitation humaine de l’histoire peut-il rester, aujourd’hui encore, largement impuni ? Et surtout, comment envisager un avenir juste sans affronter pleinement ce passé ?
■ UNE HISTOIRE LONGUE, COMPLEXE ET TROP SOUVENT FRAGMENTÉE.
L’histoire de l’esclavage des Noirs ne se résume pas à la seule traite transatlantique, pourtant la plus médiatisée. Elle s’inscrit dans une temporalité beaucoup plus longue, qui débute dès le VIIe siècle avec les traites orientales et transsahariennes.
Pendant plus de treize siècles, des millions d’Africains ont été capturés, vendus, déplacés à travers le Sahara, la mer Rouge et l’océan Indien.
Ces circuits, organisés par des réseaux marchands étendus, ont alimenté des économies entières fondées sur l’exploitation humaine. Cette traite, moins visible dans les mémoires contemporaines, n’en fut pas moins dévastatrice.
Certains chercheurs évoquent plusieurs dizaines de millions de victimes sur l’ensemble de la période. D’autres appellent à la prudence sur les chiffres, soulignant la complexité des sources historiques. Mais au-delà des débats quantitatifs, une réalité demeure : des générations entières ont été arrachées à leur terre, à leur identité et à leur humanité.
À partir du XVe siècle, la traite transatlantique vient s’ajouter à cette tragédie. Pendant près de quatre siècles, des millions d’Africains sont déportés vers les Amériques dans le cadre du commerce triangulaire. L’Afrique devient un réservoir de main-d’œuvre, l’Europe un centre d’organisation, et les Amériques un espace d’exploitation intensive.
Les conditions de transport, notamment lors de la traversée de l’Atlantique, atteignent un niveau de brutalité extrême. Entassés, enchaînés, privés de dignité, des milliers d’êtres humains meurent avant même d’atteindre leur destination. Ceux qui survivent sont réduits à l’état d’outils de production.
■ UNE RECONNAISSANCE TARDIVE ET INÉGALE.
Malgré l’ampleur de ces crimes, leur reconnaissance officielle a été lente, fragmentaire et souvent tardive. Il a fallu attendre le XXIe siècle pour que certaines nations reconnaissent juridiquement l’esclavage comme crime contre l’humanité.
Cette lenteur contraste fortement avec la reconnaissance d’autres tragédies historiques. Cela ne signifie pas qu’il faille opposer les souffrances, mais il est légitime de s’interroger sur les hiérarchies implicites de la mémoire collective mondiale.
Pourquoi certaines tragédies bénéficient-elles d’une reconnaissance immédiate, de commémorations internationales, de réparations concrètes, tandis que d’autres restent marginalisées ? Pourquoi les millions de victimes noires semblent-elles susciter moins d’émotion globale ?
La reconnaissance de 2026 par l’ONU marque une avancée symbolique. Mais elle demeure insuffisante tant qu’elle ne s’accompagne pas d’engagements concrets. Car une reconnaissance sans conséquences matérielles risque de n’être qu’un geste politique, sans portée réelle pour les descendants des victimes.
■ LA MÉCANIQUE DE LA DÉSHUMANISATION.
L’esclavage des Noirs ne fut pas seulement un système économique. Il fut aussi, et surtout, une entreprise de déshumanisation systématique.
L’être humain y était réduit à une marchandise. Son corps avait un prix. Sa vie une rentabilité. Sa mort une perte financière. Cette logique a profondément marqué les imaginaires et contribué à construire des représentations raciales encore présentes aujourd’hui.
Des pratiques d’une violence extrême ont jalonné cette histoire : séparations familiales, violences physiques, humiliations publiques, exploitation jusqu’à l’épuisement. Dans certains cas, les individus jugés trop faibles étaient tout simplement éliminés.
Cette déshumanisation ne s’arrêtait pas à la sphère économique. Elle s’inscrivait dans des discours, des théories, des justifications idéologiques qui visaient à nier l’humanité même des Noirs. C’est cette construction mentale qui constitue l’un des héritages les plus durables de l’esclavage.
■ COLONISATION ET NÉOCOLONIALISME : UNE CONTINUITÉ HISTORIQUE.
L’abolition de l’esclavage n’a pas marqué la fin de la domination. Elle a souvent ouvert la voie à d’autres formes de contrôle, notamment la colonisation.
Les puissances coloniales ont redessiné les frontières, imposé leurs langues, leurs systèmes politiques et économiques. Elles ont désorganisé les structures sociales existantes et intégré les territoires africains dans un système mondial asymétrique.
Aujourd’hui encore, certains mécanismes hérités de cette période persistent. Dépendance économique, inégalités commerciales, influence politique : autant de facteurs qui limitent le développement autonome du continent africain.
Dans ce contexte, le racisme contemporain apparaît non pas comme un phénomène isolé, mais comme le prolongement d’une histoire longue. Il s’alimente de stéréotypes anciens, souvent liés à l’image d’un continent appauvri et marginalisé.
■ DES CONSÉQUENCES TOUJOURS VISIBLES.
Les effets de l’esclavage et de la colonisation ne relèvent pas uniquement du passé. Ils se manifestent encore aujourd’hui à travers des inégalités économiques, sociales et politiques.
Le continent africain, malgré ses richesses naturelles et humaines, reste confronté à des défis majeurs : pauvreté, instabilité, faible poids dans les décisions internationales. La diaspora noire, quant à elle, fait face à des discriminations persistantes dans de nombreuses sociétés.
Ces réalités posent une question fondamentale : peut-on réellement parler de justice historique lorsque les conséquences du crime continuent de peser sur les descendants des victimes ?
La question des réparations : un débat incontournable
La reconnaissance symbolique est une étape importante, mais elle ne peut suffire. La question des réparations s’impose désormais comme un enjeu central.
Réparer ne signifie pas effacer le passé. Cela signifie reconnaître une responsabilité et agir pour corriger, autant que possible, les déséquilibres hérités de l’histoire.
Les formes de réparation peuvent être multiples : compensations financières, investissements dans l’éducation et les infrastructures, restitution de biens culturels, réformes des relations économiques internationales.
Ce débat suscite des résistances. Certains invoquent la complexité historique, d’autres la difficulté de déterminer les responsabilités. Mais refuser d’en débattre revient à prolonger l’injustice.
■ UNE RESPONSABILITÉ PARTAGÉE
Pour être crédible, cette réflexion doit également reconnaître la complexité des responsabilités. Dans certaines périodes, des acteurs africains ont participé aux systèmes de traite, notamment en capturant et en vendant des prisonniers.
Reconnaître cette réalité ne revient pas à relativiser les crimes, mais à comprendre les mécanismes historiques dans leur globalité.
L’essentiel demeure : les systèmes de traite et d’exploitation à grande échelle ont été structurés, amplifiés et pérennisés par des puissances extérieures.
Une approche équilibrée permet d’éviter les simplifications et de construire un discours plus solide, plus audible sur la scène.
En conclusion de cette tribune qui est un dossier a suivre et poursuivre, il demeurera pour toujours tant qu’il n’yayra pas de compensstiln une suestiln de mémoire, de justice et d’avenir.
L’histoire de l’esclavage des Noirs est une histoire de souffrance, mais aussi de résistance, de survie et de dignité. Elle ne doit ni être oubliée, ni être instrumentalisée. Elle doit être reconnue, comprise et intégrée dans une démarche de justice.
La reconnaissance de 2026 constitue une étape, maiselle ne peut être une fin sans réparation, sans transformation des rapports économiques et politiques, elle restera incomplète.
L’enjeu dépasse la seule mémoire. Il concerne l’avenir car un monde qui ne répare pas ses injustices passées s’expose à les reproduire sous d’autres formes.
Il appartient désormais aux États, aux institutions internationales, mais aussi aux sociétés civiles, de transformer cette reconnaissance en actions concrètes. Et aux peuples noirs, en Afrique et dans la diaspora, de continuer à porter cette exigence de justice en ce sens que l’histoire ne se referme pas avec des mots. Elle se répare avec des actes.
AIMÉ STÉPHANE MANSARÉ
SOCIOLOGUE
EXPERT-CONSULTANT EN SCIENCES SOCIALES DU DÉVELOPPEMENT
DG CERFOP
PCA IPCJ-GUINÉE
TEL/WATSHAPP : +224 628342029/624415841










