Élèves/ et téléphones à l’école
Il fut un temps où l’école était un sanctuaire du silence et de la réflexion
Un lieu où le crissement d’un crayon sur le papier suffisait à bâtir des civilisations entières dans l’esprit d’un enfant. Aujourd’hui, les salles de classe résonnent d’un tout autre bruit, le vibreur sourd d’un smartphone glissé sous une table, le reflet bleuté d’une tablette dans des yeux qui ne regardent plus le tableau.
La technologie, promesse d’un monde éducatif meilleur, s’est parfois muée en un cheval de Troie silencieux, pénétrant nos écoles et y semant, à l’insu de tous, les graines d’une crise profonde. L’Attention Sacrifiée sur l’Autel du Numérique Le premier crime de la technologie en milieu scolaire est celui du vol : le vol de l’attention. Des chercheurs ont démontré que le simple fait d’avoir son téléphone posé sur un bureau — même éteint suffit à réduire les capacités cognitives d’un élève.
I. La présence physique de l’appareil agit comme un aimant mental invisible, détournant une partie des ressources cérébrales de la tâche d’apprentissage. L’esprit de l’élève, déjà naturellement porté vers la nouveauté, se retrouve piégé dans une bataille inégale : d’un côté, la voix d’un enseignant qui explique la complexité du monde ; de l’autre, les notifications infinies d’un univers numérique conçu par des ingénieurs dont le seul but est de capter et de retenir l’attention le plus longtemps possible. C’est une guerre asymétrique, et l’école, hélas, la perd souvent.
II. La Mémoire Fragmentée, la Pensée Appauvrie La technologie ne se contente pas de distraire ; elle remodèle profondément les façons de penser. L’accès immédiat à toutes les informations, une simple recherche en quelques secondes décourage l’effort de mémorisation, cette discipline pourtant fondamentale qui forge les structures mentales durables. Pourquoi retenir ce qu’on peut retrouver en un clic ? Cette dépendance croissante aux machines crée ce que les neuroscientifiques appellent une pensée superficielle : des savoirs effleurés, des connexions intellectuelles qui ne s’établissent jamais vraiment, des élèves capables de consulter mais non de penser, de copier mais non de créer. L’UNESCO elle-même tire la sonnette d’alarme, pointant comment l’usage excessif du numérique à l’école nuit à la concentration, à la mémorisation et à la qualité globale de l’apprentissage.
III. La Blessure Sociale et le Mal-Être Invisible Au-delà de la performance scolaire, c’est l’âme même des jeunes qui est en jeu. Les réseaux sociaux, accessibles à tout moment grâce aux appareils connectés, introduisent dans l’enceinte de l’école des dynamiques de comparaison sociale brutale, de harcèlement virtuel et d’un besoin permanent de validation externe. Chaque récréation devient une arène numérique, chaque cours un moment volé entre une notification Instagram et un message Snapchat. Les adolescentes, en particulier, sont exposées à des représentations idéalisées du corps et de la vie qui attaquent leur estime de soi avec une violence sourde et quotidienne. L’UNESCO met en garde contre ces effets néfastes sur la santé mentale, le bien-être et même les choix d’orientation des jeunes filles, victimes d’un miroir déformant permanent que le numérique colle devant leurs yeux.
IV. Le Corps en Souffrance — Sommeil, Posture et Sédentarité La technologie ne blesse pas seulement l’esprit ; elle malmène aussi le corps. Les écrans, par la lumière bleue qu’ils émettent, perturbent la production de mélatonine et volent aux élèves des heures de sommeil précieuses. Un enfant mal reposé arrive en classe l’esprit brumeux, moins réceptif, moins créatif, plus irritable, un terrain fertile pour l’échec scolaire. À cela s’ajoutent les maux physiques bien documentés : troubles de la vue, tensions cervicales liées aux longues heures le regard baissé sur un écran, sédentarité qui remplace progressivement les jeux en plein air. L’enfant connecté grandit souvent courbé, immobile, les yeux secs — à mille lieues du corps vif et curieux que l’école devrait contribuer à épanouir.
V. L’Intelligence Artificielle — La Tricherie Érigée en Système L’avènement de l’intelligence artificielle dans les salles de classe ouvre un nouveau chapitre de cette crise. Des élèves de plus en plus nombreux confient à des machines la rédaction de leurs dissertations, la résolution de leurs équations, la construction de leurs raisonnements. L’IA ne triche pas à leur place, elle les prive de l’effort, ce forgeron essentiel de l’intelligence. Car apprendre, c’est précisément se confronter à la difficulté, tâtonner dans l’obscurité, échouer et recommencer. C’est dans cet espace inconfortable de l’effort que naît la vraie compétence. En court-circuitant ce processus, la technologie offre aux élèves l’illusion du savoir, une façade brillante, mais vide. Rien dans ces mots ne plaide pour l’obscurantisme ni pour le rejet naïf du progrès.
La technologie, bien encadrée, bien dosée, peut être un outil précieux. Mais l’école n’est pas un magasin d’outils , c’est un lieu de formation de l’être humain dans toute sa profondeur. Il est urgent de redonner à nos enfants le droit à l’ennui fertile, à la pensée lente, au silence créateur. Il est urgent que les adultes, enseignants, parents, législateurs. reprennent en main le temps scolaire et le protègent des envahisseurs numériques qui le grignotent heure après heure. Car si nous ne le faisons pas, nous risquons de former une génération techniquement connectée, mais intellectuellement seule, une génération qui sait tout requêter, mais qui ne sait plus penser, ressentir, et s’émerveiller.
L’école doit rester le lieu où l’on apprend à regarder le monde avec ses propres yeux pas à travers un écran. Tous contre la mauvaise utilisation du téléphone
en milieu scolaire. RETROUVEZ-NOUS TOUS LES SAMEDIS DANS VOTRE ÉMISSION « LE BUREAU DU PROF » Canal 410. Fréquence radio 89.5
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