À Conakry, le lancement des écoles mathématiques africaines EMA ce mardi 7 avril 2026 se déroule dans un contexte de réflexion intense autour de la place des mathématiques en Afrique. Placée sous le thème Les Mathématiques pour les Sciences de données, cette rencontre qui s’étend jusqu’au 18 avril réunit des participants venus de plusieurs pays comme le Sénégal le Bénin la Côte d’Ivoire le Mali entre autres.
Mais au-delà des communications scientifiques, un débat sensible s’est invité dans les échanges. Tout est parti d’une question posée par un participant à un professeur titulaire de rang A. Selon les témoignages recueillis, cet échange initial a eu lieu pendant la pause café, avant de se prolonger dans les couloirs du lieu de rencontre où les discussions se sont intensifiées. C’est dans ces moments informels que le débat a véritablement pris de l’ampleur.
La question portait sur la légitimité académique de Guillaume Hawing en tant que mathématicien.
Selon un professeur que nous avons interrogé et qui a requis l’anonymat, il existe un écart important entre l’image publique et la réalité académique. D’après lui, certains membres de la communauté scientifique estiment que Guillaume Hawing n’est même pas encore sur la ligne de départ du point de vue strictement académique en mathématiques.
Le même intervenant précise que le parcours académique de base est un élément déterminant. Il souligne que l’ancien ministre ne dispose pas d’une formation initiale en mathématiques, notamment d’une licence dans la discipline, considérée comme le socle fondamental avant toute spécialisation ou recherche avancée.
Selon plusieurs enseignants chercheurs rencontrés sur place, Guillaume Hawing aurait d’abord suivi un parcours en ingénierie électro énergétique à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry entre 2000 et 2005, avant de s’orienter vers l’enseignement des mathématiques dans des écoles privées. Une trajectoire que certains rapprochent de celle de nombreux jeunes qui se tournent vers l’enseignement pour survivre ou par passion. Sur ce point précis, les avis restent partagés quant à ses motivations profondes.
Le professeur interrogé insiste sur un autre aspect central. La reconnaissance scientifique repose en grande partie sur des publications validées et citées dans les circuits internationaux. Or selon lui, il n’existerait pas de travaux scientifiques largement reconnus ou intégrés dans les grandes références académiques, ce qui limite sa reconnaissance dans les milieux spécialisés.
Il ajoute que, malgré une certaine notoriété dans l’opinion publique et des distinctions obtenues, notamment lors d’un événement scientifique à Rabat en 2019, cela ne suffit pas à le positionner comme une référence dans la communauté mathématique. Il affirme même que certains collègues considèrent qu’il n’est pas encore inscrit dans les cadres institutionnels africains de référence en mathématiques.
Cependant, d’autres voix appellent à nuancer ce regard. Un universitaire présent à la rencontre estime que la contribution d’un individu ne peut pas être réduite uniquement à ses diplômes ou à ses publications. Il rappelle que Guillaume Hawing a été distingué en 2008 comme meilleur professeur de mathématiques dans les écoles privées de Ratoma et qu’il a continué à enseigner même durant ses fonctions comme ministre de l’Enseignement Pré Universitaire et de l’Alphabétisation entre 2021 et 2024.
Pour ces observateurs, son engagement dans la transmission du savoir et ses initiatives autour des nombres premiers et des tests de primalité témoignent d’un intérêt réel pour les mathématiques, même si cela ne correspond pas aux standards académiques classiques.
Au cœur des écoles mathématiques africaines de Conakry, ce débat dépasse désormais le cas individuel. Il pose une question fondamentale sur les critères de reconnaissance scientifique en Afrique, à l’heure où les sciences de données prennent une importance stratégique pour le développement du continent.
Entre passion, parcours atypique et exigences académiques, la question reste ouverte et continue d’alimenter les discussions dans les amphithéâtres comme dans les couloirs
Dans ce contexte, peut-on être reconnu comme mathématicien sans suivre le parcours académique classique ou les standards doivent-ils rester strictement respectés pour garantir la crédibilité scientifique ?
Djoumè SACKO pour www.lavoixdupeuple.info








