La levée du corps du Dr Alpha Oumar Barry, enseignant-chercheur au département de sociologie de l’Université Julius N’yéréré de Kankan, s’est tenue à la morgue de l’Hôpital Régional de Kankan dans une atmosphère de recueillement et d’émotion.
Collègues, étudiants, autorités universitaires, parents et proches ont rendu un vibrant hommage à celui qui est décrit comme un universitaire rigoureux, un pédagogue engagé et un intellectuel profondément attaché à la transmission du savoir. Prenant la parole, le recteur, Pr Moustapha Sangaré, a salué la mémoire d’un homme de compétence, d’intégrité et de grande générosité, dont l’héritage continuera d’inspirer les générations futures.
Mais au-delà de cet hommage unanimement reconnu, une vive polémique a émergé autour des conditions de transfert de la dépouille vers Dalaba, en vue de son inhumation à Fougoumba, son village natal.
Des images largement relayées sur les réseaux sociaux montrent le corps transporté dans des conditions jugées indignes par de nombreux internautes et citoyens. L’absence apparente d’ambulance ou de corbillard a choqué une partie de l’opinion, qui estime qu’un enseignant de ce rang, ayant consacré sa vie à former des cadres et à servir la nation, méritait un traitement à la hauteur de son engagement.
Pour certains, il ne s’agit pas d’un simple détail logistique, mais d’une question de dignité et de respect. Ils dénoncent une image qui, selon eux, porte atteinte non seulement à la mémoire du défunt, mais aussi à l’image de l’institution universitaire et du pays.
D’autres voix appellent toutefois à la prudence, invitant à éviter les jugements hâtifs. Elles rappellent que les responsabilités réelles dans l’organisation du transfert restent à clarifier, notamment le rôle de la famille, de l’université ou des services hospitaliers.
Cependant, au-delà des responsabilités, une interrogation centrale demeure dans l’opinion publique. Peut-on accepter qu’un homme qui a consacré sa vie à l’enseignement et à la formation des élites soit accompagné dans de telles conditions lors de son dernier voyage.
Cette situation relance le débat sur la place et la considération accordées aux enseignants dans la société guinéenne. Elle met en lumière un malaise plus profond, celui de la reconnaissance des acteurs du savoir, souvent salués dans les discours, mais dont les conditions de vie et de départ continuent de susciter incompréhension et indignation.
Entre hommage sincère et colère citoyenne, le dernier voyage du Dr Alpha Oumar Barry apparaît aujourd’hui comme un révélateur des attentes de la société en matière de dignité, de respect et de reconnaissance envers ceux qui contribuent à bâtir l’avenir du pays.
Une question reste désormais posée dans l’esprit de nombreux citoyens. Au-delà des hommages, sommes-nous réellement prêts à honorer nos enseignants à la hauteur de leur engagement.
Djoumè SACKO pour www.lavoixdupeuple.info









