À Dinguiraye, le décor est désormais planté. À quelques semaines des élections législatives du 24 mai 2026, certains acteurs politiques ont manifestement décidé de brûler les étapes. Alors même que le Mouvement Génération pour la Modernité (GMD) n’a encore investi aucun candidat, après l’audition de neuf prétendants par une commission habilitée, des ambitions individuelles s’expriment déjà avec une assurance troublante, frôlant parfois l’auto-proclamation.
Mais au-delà de cette précipitation politique, c’est un fait plus préoccupant qui retient l’attention : l’instrumentalisation d’initiatives communautaires à des fins de positionnement électoral.
Une mosquée au cœur d’une mise en scène politique.
La cérémonie de pose de la première pierre de la mosquée de Madina Koura, en présence de plusieurs candidats déclarés ou potentiels, n’a rien d’anodin. Derrière les images de piété et d’engagement social, se dessine une stratégie bien connue : occuper le terrain, séduire les populations et s’imposer dans l’opinion avant même le coup d’envoi officiel de la campagne.
La présence remarquée de figures politiques telles que Balla Moussa Diarra et Alpha Amadou Diakité, aux côtés d’un candidat à la députation Alsény Diallo, donne à cet évènement une coloration clairement politique. Une question s’impose alors avec insistance : s’agit-il d’un acte de foi ou d’un acte de campagne déguisé ?
Une violation flagrante de l’esprit des règles électorales
Il faut le dire sans détour : ce type de démarche s’apparente à une pré-campagne anticipée, en contradiction avec les principes fondamentaux qui encadrent tout processus électoral équitable. Les règles existent pour garantir l’égalité des chances entre candidats et prévenir toute tentative d’influence prématurée de l’électorat.
Or, en s’exposant ainsi dans des événements à forte portée symbolique et sociale, certains prétendants cherchent clairement à prendre une longueur d’avance, au mépris du cadre établi. C’est non seulement une entorse à l’éthique politique, mais aussi un signal inquiétant envoyé aux citoyens.
Opacité et récupération : un double malaise
À cette dérive s’ajoute une autre zone d’ombre : celle du financement de la mosquée. Qui porte réellement ce projet ? Qui le finance ? Et quelle est la contribution concrète des personnalités politiques présentes ?
Le silence autour de ces questions alimente le doute et renforce le malaise. Car lorsqu’un projet religieux, censé rassembler et élever, devient un outil de communication politique, il perd de sa noblesse et expose ses initiateurs à de sérieuses critiques.
Respecter les règles ou perdre la confiance
La situation à Dinguiraye dépasse le simple cadre local. Elle pose une question de fond : quel respect les acteurs politiques accordent-ils aux règles du jeu démocratique ?
En tolérant, voire en encourageant ces pratiques, c’est la crédibilité même du processus électoral qui est fragilisée. Les citoyens ne sont pas dupes. Ils observent, analysent et jugeront.
Il est encore temps de rectifier le tir. Mais une chose est certaine : toute ambition politique qui se construit dans la précipitation, l’opacité et le contournement des règles risque de se heurter à un mur, celui de la défiance populaire.
Ibrahima Diallo








