CRISE MONDIALE DES HOMMES : ET SI LA POLYGAMIE ÉTAIT UNE SOLUTION AFRICAINE D’AVENIR ?
AVEC 2 OU 3 FOIS PLUS DE FEMMES QUE D’HOMMES DANS LE MONDE, REPENSER LE MARIAGE À L’AFRICAINE.
Une alerte démographique circule : 7,8 milliards d’êtres humains sur Terre. Parmi eux, plus de la moitié de femmes contre presque 1/3 d’hommes.
Si l’on soustrait les hommes déjà mariés, incarcérés, malades, âgés ou indisponibles, le constat est brutal : le “marché matrimonial” deviendrait structurellement déséquilibré.
Que l’on prenne ces chiffres comme une exagération virale ou comme une hypothèse théorique, ils posent une question fondamentale : comment garantir à chaque femme le droit de vivre au moins une aventure conjugale, stable et reconnue socialement, si les hommes sont numériquement moins nombreux ?
Face à cette interrogation, l’Afrique détient peut-être une réponse que le monde s’obstine à caricaturer : la polygamie.
■ Une institution décriée… mais profondément sociale
Dans de nombreuses sociétés africaines, la polygamie n’a jamais été un caprice masculin. Elle a longtemps été une institution sociale, économique et familiale. Loin des clichés, elle repose sur des règles, des responsabilités et une organisation structurée.
Un sociologue sénégalais le résume ainsi : « La polygamie, dans son cadre traditionnel, est moins un privilège qu’un engagement, c’est celui d’assumer plusieurs femmes et plusieurs foyers avec équité ».
La question devient alors dérangeante dans un contexte de rareté masculine, la monogamie stricte ne devient-elle pas, mécaniquement, un système d’exclusion ?
■ Garantir à chaque femme une place, pas seulement aux “premières”.
Dans un système strictement monogame, un homme égal une femme. Si les hommes sont moins nombreux, certaines femmes resteront sans partenaire conjugal stable, non par choix, mais par structure.
Or, dans plusieurs cultures africaines, la polygamie a historiquement joué un rôle d’inclusion. Elle permettait à des veuves, à des femmes issues de milieux précaires ou à celles arrivant plus tard dans l’âge matrimonial de fonder un foyer.
Aïssata, commerçante en Guinée Conakry, témoigne : « Je suis deuxième épouse. Beaucoup pensent que je suis malheureuse. C’est faux. J’ai un mari présent, des enfants reconnus, un foyer stable. Sans cette possibilité, je serais peut-être restée seule » son propos dérange parce qu’il contredit le récit dominant : celui d’une femme nécessairement victime.
■ Solidarité féminine plutôt que rivalité.
Contrairement à l’image de guerre permanente entre coépouses, certaines expériences racontent une autre réalité.
Mariam, mère de quatre enfants, partage son vécu : « Nous ne sommes pas des rivales. Nous organisons la maison ensemble. Quand l’une est fatiguée, l’autre prend le relais. Nos enfants sont élevés dans l’entraide » a-t-elle ajouté.
Bien sûr, tout n’est pas idyllique mais, la monogamie occidentale est-elle exempte de conflits, de divorces, de violences ou d’abandons ?
La différence tient dans l’officialisation : là où certaines sociétés vivent des relations parallèles dissimulées, la polygamie les rend visibles, encadrées et assumées.
■ Responsabilité masculine accrue.
Un autre argument souvent ignoré, c’est que, la polygamie traditionnelle impose des obligations strictes à l’homme. Dans de nombreuses cultures et traditions religieuses, l’équité matérielle et affective est une condition fondamentale.
Un chef coutumier expliquait : « Un homme qui ne peut pas nourrir, loger et traiter équitablement plusieurs femmes n’a pas le droit moral de les épouser ».
Autrement dit, la polygamie ne devrait pas être un droit automatique, mais une responsabilité lourde.
■ Et si l’Afrique assumait son modèle ?
Le débat mondial sur les formes d’union évolue, mariage civil, unions libres, familles recomposées, parentalités multiples et, tous ces modèles se diversifient.
Pourquoi, alors, la polygamie africaine serait-elle systématiquement perçue comme archaïque ?
Dans un monde confronté à des déséquilibres démographiques, à la solitude croissante et à la fragmentation familiale, il est peut-être temps de poser la question suivante sans passion excessive : Et si la polygamie, encadrée, consentie et équitable, pouvait constituer une option légitime parmi d’autres ?
En dépit de tout ce qui précède, Il ne s’agit pas d’imposer mais d’ouvrir un débat pour repenser l’équité au-delà des tabous. Si les chiffres réels ou hypothétiques nous interpellent, ils ont au moins un mérite, celui de nous obliger à repenser nos certitudes.
La véritable question n’est pas de savoir si la polygamie choque mais, la vraie question est de savoir : « comment garantir à chaque femme le droit à une vie conjugale choisie, digne et reconnue ? »
Peut-être que l’Afrique, loin d’être en retard, détient une tradition qui mérite d’être examinée avec honnêteté plutôt qu’avec condescendance. Le débat est ouvert.
Aimé Stéphane MANSARE
SOCIOLOGUE.
Expert-Consultant en Sciences Sociales du Développement.
DG CERFOP
PCA IPCJ-GUINÉE








