La crise qui a secoué le système éducatif guinéen ces dernières semaines aura mis en lumière les limites de l’unité syndicale face aux enjeux sociaux. À l’origine du mouvement, une plateforme revendicative commune portée par l’intersyndicale de l’éducation, composée du Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG), du Syndicat National de l’Éducation (SNE) et de la Fédération Syndicale Professionnelle de l’Éducation (FSPE).
La grève a été déclenchée au début du mois de décembre 2025 pour exiger, entre autres, la revalorisation des primes, l’amélioration des conditions de travail et la prise en compte de plusieurs engagements restés jusque-là sans suite. Rapidement, le mouvement a paralysé de nombreuses écoles sur l’ensemble du territoire.
Mais très tôt, des divergences sont apparues au sein de l’intersyndicale. Le mardi 2 décembre 2025, le SLECG a signé un protocole d’accord avec le gouvernement, en présence d’un autre syndicat, le SENASURE. Cet accord, conclu sous l’égide du Conseil national du dialogue social (CNDS), portait essentiellement sur la revalorisation de certaines primes enseignantes, notamment la prime de préparation, la prime de craie et la prime de documentation.
Selon les termes de ce premier protocole, la prime de préparation mensuelle a été portée à 500 000 francs guinéens, tout comme la prime de craie, tandis que la prime de documentation annuelle a été fixée à 1 500 000 francs guinéens. Ces mesures, présentées par le gouvernement comme une avancée significative, visaient à ramener le calme dans le secteur.
Cependant, le SNE et la FSPE ont rejeté cet accord, estimant qu’il ne reflétait pas la position de l’ensemble de l’intersyndicale. Pour ces deux structures, le SENASURE ne faisait pas partie des syndicats signataires du mémorandum initial, ce qui, selon elles, ôtait toute légitimité au protocole du 2 décembre. Elles ont alors qualifié ce texte de « protocole de la honte et de la discorde » et décidé de maintenir la grève.
Contrairement au SLECG, le SNE et la FSPE ont poursuivi la mobilisation pendant plusieurs semaines, accentuant la pression sur les autorités. Les négociations ont finalement repris dans un climat tendu, marqué par la volonté affichée de trouver une solution globale et inclusive.
C’est dans ce contexte que, au petit matin du samedi 3 janvier 2026, un nouveau protocole d’accord a été signé au ministère du Travail et de la Fonction publique entre le gouvernement guinéen et l’ensemble des syndicats de l’éducation, notamment le FSPE, le SNE et le SLECG, toujours sous la médiation du CNDS.
Ce second accord, plus large, intègre les acquis du premier protocole tout en y ajoutant de nouvelles concessions. Il prévoit notamment une majoration des primes de logement et de transport, fixées respectivement à 250 000 et 200 000 francs guinéens. Leur paiement est prévu de manière échelonnée entre les mois de mai et septembre 2026. D’autres engagements concernent la régularisation de situations administratives, le déblocage de salaires et la poursuite des discussions sur le statut particulier des enseignants.
Avec la signature de ce second protocole, les syndicats ont annoncé la suspension de la grève, mettant ainsi fin à plusieurs semaines de perturbations dans les écoles. Cette crise aura toutefois laissé des traces, en révélant une intersyndicale fragilisée, marquée par des choix stratégiques différents et une gestion complexe du dialogue social.
Désormais, l’attention se tourne vers la mise en œuvre effective des engagements pris, condition clé pour restaurer la confiance et éviter une nouvelle crise dans un secteur aussi sensible que l’éducation.
Djoumè SACKO pour www.lavoixdupeuple.info










