Après plusieurs mois de poursuite de l’exploitation minière artisanale à l’aide d’engins lourds malgré son interdiction par les autorités, la justice passe à l’offensive. L’ancien préfet de Siguiri, plusieurs responsables administratifs, des sous-préfets ainsi que des dizaines d’agents de l’environnement sont désormais visés par une procédure engagée par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
Le dossier prend une nouvelle dimension judiciaire. Le parquet spécial près la CRIEF a annoncé l’ouverture de poursuites contre plusieurs responsables administratifs de la préfecture de Siguiri, accusés d’avoir laissé se poursuivre l’exploitation minière artisanale au moyen d’engins de type « poclain », en dépit de l’interdiction formelle décidée par le gouvernement le 13 mars 2026.
Selon les autorités judiciaires, cette activité s’est maintenue à grande échelle dans plusieurs localités de la préfecture, entraînant une importante dégradation de l’environnement et soulevant des interrogations sur le rôle des structures chargées de faire respecter les mesures gouvernementales.
Parmi les premiers responsables concernés figurent le colonel Sény Sylver Camara, ancien préfet de Siguiri, Amara Kaba, ex-secrétaire général de la préfecture, Mamoudou Kouyaté, ancien chef de cabinet, ainsi que Fatoumata Binta Sow, ancienne directrice préfectorale de l’Administration du territoire et de la Décentralisation.
Les sous-préfets également dans le viseur
L’enquête ne se limite pas à l’administration préfectorale. Les dix sous-préfets récemment suspendus pour les mêmes faits sont également intégrés à la procédure engagée par le parquet spécial.
Cette extension de l’action judiciaire traduit la volonté des autorités de remonter l’ensemble de la chaîne administrative impliquée dans le contrôle et la surveillance des activités minières sur le territoire concerné.
Plus de 130 agents de l’environnement concernés
Le secteur environnemental est lui aussi fortement touché par cette affaire. Au total, 139 cadres et agents relevant du ministère de l’Environnement et du Développement durable font l’objet de poursuites dans le cadre de la même procédure.
Parmi eux figure Youssouf Condé, ancien directeur préfectoral de l’Environnement de Siguiri, suspendu par sa hiérarchie. Il lui est notamment reproché de ne pas avoir réussi à empêcher la présence et la prolifération des engins interdits sur les différents sites d’exploitation.
Une enquête déjà en cours sur le terrain
Pour établir les responsabilités et faire la lumière sur les faits dénoncés, la CRIEF a mobilisé un dispositif d’enquête dirigé par la direction régionale de la police de Kankan.
Les investigations sont conduites sous la supervision du procureur spécial de la CRIEF, Alphonse Charles Wright, en coordination avec le parquet général ainsi que les parquets d’instance de Kankan.
Cette procédure marque une nouvelle étape dans la gestion du dossier de l’exploitation minière artisanale à Siguiri, où les autorités judiciaires entendent désormais déterminer les responsabilités liées au non-respect des mesures gouvernementales et aux conséquences environnementales qui en ont découlé.
Djoumè SACKO, pour lvp
